RMC

Retour du redoublement: "Un enfant qui en voit un autre avec trois de moyenne passer ne comprend pas"

"Il y a quelque chose d’absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant des retards". Avec cette affirmation au journal Le Parisien, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer souhaite autoriser à nouveau le redoublement dès la rentrée. Une bonne décision pour la Grande Gueule et institutrice Fatima Aït-Bounoua, à condition que la prise en charge de l’enfant soit globale lors d’un redoublement.

En novembre 2014, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Education nationale, a pris un décret affirmant "le caractère exceptionnel du redoublement". Une décision que conteste aujourd'hui son successeur Jean-Michel Blanquer, qui souhaite rendre à nouveau possible le redoublement "quand c’est dans l’intérêt de l’élève, et dans des cas qui doivent rester rares". Une déclaration qu’apprécie l’institutrice Fatima Aït-Bounoua, très dubitative sur le système mis en place par l’ancienne ministre.

"Il faut comprendre les deux logiques qui s’opposent. L’avis de Najat Vallaud-Belkacem, c’est que le redoublement coûte cher et qu’il est inefficace pour l’enfant. Très souvent, l’année suivante, sa moyenne n’augmente pas et il se démotive. De fait nous n’avons plus le droit de faire redoubler les élèves. Pour aller dans ce sens-là, ils ont imposé des programmes circulaires. C’est-à-dire qu’à la place d’apprendre par palier, on a quelque chose en cercle, donc on revient sur les notions. Ensuite, ils ont imposé l’idée de penser en cycle. C’est-à-dire que si l’enfant n’a pas compris cette année, il peut comprendre l’année d’après".

Pour la Grande Gueule, c’est tout le système qui doit être repensé, et il ne faut pas revenir aux redoublements abusifs. "Ce que je constate c’est que malheureusement, le groupe classe n’est pas motivé. Quand un enfant voit qu’un autre qui a trois de moyenne passe, il ne comprend pas. On nous dit qu’il y a l’individualisation, mais elle n’est pas magique. C’est difficile de le faire quand un élève de 4ème ne sait pas lire ou déchiffre à peine, alors que les autres sont bien plus avancés. Je suis pour le redoublement lorsqu’il est bien vécu, quand ça vient des familles et que l’enfant comprend la démarche. Mais il ne faut pas en abuser. Le redoublement seul ne sert à rien. Le problème est dans la prise en charge des enfants en difficulté. Très souvent les difficultés scolaires sont liées à d’autres difficultés familiales, sociales, psychologiques. Lorsque la prise en charge n’est pas globale, elle est vouée à l’échec".

Les Grandes Gueules avec A. B.