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Atteintes à la laïcité en hausse à l'école: des enseignants témoignent et réclament une loi

ENQUETE RMC. Le ministère de l'Éducation a recensé 313 signalements en septembre pour des atteintes à la laïcité dans les écoles, collèges et lycées, avec une hausse de la part des incidents liés au port de tenues religieuses. Du côté des professeurs et des proviseurs, on demande une loi, car ils s'estiment trop souvent livrés à eux-mêmes.

Les signalements pour notifier des atteintes au principe de laïcité dans les établissements scolaires sont en hausse. Le ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, l'avait déjà annoncé il y a 15 jours. Dans un communiqué, ce jeudi matin, le ministère dévoile qu'il a recensé 313 signalements en septembre pour des atteintes à la laïcité dans les écoles, collèges et lycées, avec une hausse de la part des incidents liés au port de tenues religieuses (voir ci-dessous).

Les remontées de terrain "confirment une hausse des signalements [...] en particulier les signalements de port de vêtements", explique Pap Ndiaye, qui doit aussi présenter ce jeudi des directives pour aider professeurs et proviseurs, parfois impuissants dans ces situations. Fin septembre, déjà, deux notes du renseignement intérieur alertaient sur la recrudescence de messages sur les réseaux sociaux incitant les élèves à enfreindre le règlement lié à la laïcité à l’école.

Au printemps dernier, un professeur de musique dans un collège propose à sa classe d'étudier la chanson "Oh Happy Day", qui contient le mot Jésus, dans le cadre de la partie du programme scolaire consacrée à l'étude de la musique sacrée, à l'école publique. Mais au moment de chanter, une élève de confession musulmane se lève, refusant.

“Elle a dit que comme il y avait ‘Jésus’ dans les paroles, elle n’avait pas le droit de chanter ça. Elle avait l’air très anxieuse. J’ai dit tout simplement aux élèves de changer les paroles, mais c’était une entorse au programme”, explique-t-il.

"L’école de la République est attaquée"

Un professeur qui s'auto-censure par peur de se frotter à des familles, qui protège souvent le comportement de leurs enfants. C'est ce qui est arrivé à ce proviseur bourguignon, effaré de la réponse donnée par des parents après des absences répétées de leur garçon aux cours de piscine. “Une famille m’a dit, ‘il est hors de question que mon enfant pratique un sport où il va être pratiquement dénudé’”, se souvient-il.

Proviseurs et professeurs sont démunis. Aucun texte ne réprimande ces comportements, ni les nouvelles tenues portées par les élèves, comme les abayas et les qamis, ces tuniques longues, caractéristiques des fêtes religieuses musulmanes, qui sont devenues presque banales dans les salles de classe d'après ce proviseur.

“L’école de la République est attaquée et il est très important que nous ayons une loi. Que nous puissions nous appuyer sur des textes quand on reçoit les familles”, ajoute-t-il.

Faute de texte complet, les procédures disciplinaires sont encore rarissimes dans les établissements français.

Des signalements en hausse par rapport au premier trimestre 2022
"Cette rentrée s'inscrit dans le niveau des signalements observé lors du précédent trimestre scolaire, qui en a recensé 904, d'avril à juillet", précise le ministère de l'Education nationale. Ils sont cependant en hausse par rapport à la moyenne du premier trimestre 2022 (décembre à mars), où 627 incidents avaient été relevés. Pour septembre, 54% des incidents recensés le sont pour "port de signes et tenues" religieux, soit une proportion plus importante que lors du deuxième trimestre 2022 (41% des signalements), détaille le ministère. Ce motif représentait 22% du total des signalements au premier trimestre 2022, déjà en hausse. Quelque 8% des signalements concernent une suspicion de prosélytisme (inchangé), 7% un refus d'activité scolaire (contre 13% au deuxième trimestre), 7% une contestation d'enseignement (contre 10%), 7% des revendications communautaires (contre 5%), 5% des provocations verbales (contre 7%), 2% un refus des valeurs républicaines (contre 3%) et 10% d'autres formes d'atteintes à la laïcité (contre 14%).

Alfred Aurenche (avec Guillaume Descours)