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Parcoursup: des facs de médecine défavorisent une étudiante à cause d'une prépa privée

Malgré un bac avec mention, Lison, qui a décidé de faire une année de césure pour préparer sa première année de médecine avec une prépa privée, se voit placée sur liste d'attente dans toutes les facs de médecine dans lesquelles elle a postulé. Ces dernières préfèrent favoriser les étudiants post-bac.

Lison, 18 ans, a un rêve: devenir chirurgienne. L'an dernier, elle obtient son bac avec mention. Elle est acceptée dans deux facs de médecine, mais elle apprend qu’il n’est plus possible de redoubler sa première année de médecine. Et comme elle veut mettre toutes les chances de son côté, ses parents cassent leur tirelire pour une prépa privée. Elle arrive 9e sur 100 au concours blanc. Quand elle refait sa demande sur Parcoursup cette année, elle n’est pas inquiète. Et pourtant…

“Ça a été la déception totale, j’étais partout sur liste d’attente. C’est quand même un truc que je veux faire depuis que je suis toute petite. Depuis le début, je me donne les moyens de réussir. Je me suis mis dans la tête de bosser 10 à 12 heures par jour pour essayer de prendre un maximum d’avance. Je ne comprends pas trop sur quoi ils peuvent se baser. Même Parcoursup, comme ils me l’ont dit par téléphone, ils ne savent pas, ils ne comprennent pas. Donc quand je me demande ce que je vais faire l’année prochaine, j’ai très peur. En plus, la France manque de médecins, donc je ne comprends pas pourquoi ils ferment autant la porte aux gens qui veulent faire médecine”, assure-t-elle à RMC.

Avec Parcoursup, pour les filières demandées comme médecine, les dossiers sont triés par un algorithme différent selon chaque université. Et il n’y a pas de transparence. Les facs ne publient pas les critères de leur algorithme. Ça a été d’ailleurs déjà été dénoncé par la Cour des comptes, la Défenseure des droits et les associations étudiantes.

La prépa, une "pompe à fric" pour un vice-doyen de fac de médecine

Avocat, Juan Prosper a déjà demandé la publication de ces algorithmes locaux. “Pourquoi ne pas rendre publiques ces informations? Ça laisse la place à toutes les suspicions, toutes les interrogations sur le fait de savoir quels sont vraiment les critères et s’il y a des critères inavouables que les établissements cherchent à cacher. Ces établissements ne jouent pas le jeu de la transparence qui est nécessaire dans une société démocratique."

"RMC s'engage pour vous" a contacté toutes les facultés de médecine où Lison a postulé. Et toutes les facs ont donné la même réponse. Elle a été défavorisée parce qu’elle a fait une prépa médecine.

Vincent Deramecourt, vice-doyen de la fac de médecine de Lille, affirme favoriser les élèves qui viennent d’avoir le bac.

“Le fait d’avoir fait une prépa la dessert, c’est évident. On donne clairement la priorité aux néo-bacheliers. On avertit les étudiants qu’il n’est absolument pas justifié voire même délétère de faire une année blanche de type prépa avant de passer en PACES. Ce sont des pompes à fric, pour parler vulgairement. Ce sont des choses qui coûtent cinq à six mille euros par an. Les années de médecines sont déjà suffisamment longues pour que les étudiants ne rajoutent une année de prépa totalement inutile et d’ailleurs inégalitaire par rapport aux autres candidats. Il n’y a pas de raison que les néo-bacheliers perdent des places d’accès en PACES sous prétexte que d’autres ont fait une année blanche”, détaille-t-il.

Un élève sur cinq n’a toujours pas d’affectation sur Parcoursup

De notre côté, on a mis Lison en contact avec un syndicat étudiant, l’UNEF. Ils ont un dispositif appelé SOS Inscription pour aider les élèves à trouver une affectation. Elle attend encore de voir si une place se libère dans une fac française. Sinon, elle envisage de partir en Belgique pour réaliser son rêve et un jour devenir médecin. En tout cas, Lison n'est pas la seule dans ce cas. Un élève sur cinq inscrits sur Parcoursup n’a toujours pas d’affectation pour l'année prochaine. 

Marie Dupin, Joanna Chabas, Anne-Lyvia Tollinchi