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Rentrée scolaire: "Le manque d'enseignants doit interroger nos démocraties" pour Philippe Meirieu

Spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie, Philippe Meirieu, invité de la Matinale week-end de RMC, est inquiet de la pénurie d'enseignants, du manque de formation des contractuels et estime qu'il faut donner la priorité au collège.

"Une rentrée difficile après une période compliquée." Tel est le constat de Philippe Meirieu, chercheur spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie, invité de la Matinale week-end de RMC. L'inventeur des cours d'éducation civique estime que la France "manque d'éducateurs et d'enseignants, de jeunes qui se destinent vers ce métier car c'est le plus beau métier du monde". Un constat qui "doit interroger nos démocraties" et faire poser des questions quand "un pays comme le nôtre ne sait pas attirer ses jeunes vers le plus beau métier du monde qui prépare l'avenir pour nos enfants et pour nous même".

Pour lui, si l'augmentation à 2.000 euros en début de carrière est nécessaire, même s'il considère qu'elle doit se répercuter "sur toute la carrière de manière juste", il est urgent que "les enseignants se sentent plus et mieux reconnus par leur ministre, leurs cadres et l'opinion publique. Il faut qu'on les considère comme des gens créatifs, inventeurs, pas seulement comme des gens qui appliquent des instructions dictées par le haut en fonction de méthodes labelisées. Il faut qu'ils aient la conviction qu'on ne va pas les espionner à travers des évaluations et qu'on va leur faire confiance".

Inquiétude sur la formation des contractuels

Sur la question des contractuels, Philippe Meirieu estime que parmi eux, il y a des professionnels "qui ont déjà une belle exéprience dans un autre métier qui peuvent faire d'excellents professeurs, de très haut niveau et qui vont enrichir la salle des professeurs par leur sensibilité qui est différente." Mais pour apprendre à diriger une classe, "il faut du temps". Par conséquent le chercheur estime qu'il faut "une vraie formation pédagogique qui ne semble pas au rendez-vous."

"Il faut donner une formation au long cours aux professeurs. Je suis inquiet car la formation est faite à la va-vite. Comment va-t-on accompagner ces professeurs?", explique l'inventeur des IUFM.

Priorité au collège

Un collégien sur quatre n'a pas le niveau attendu en fin de troisième. C'est par ce constat que Pap Ndiaye veut donner la priorité au collège. Philippe Meirieu estime qu'il faut en effet "donner la priorité au collège".

"C'est un espace qui n'a pas réélement été imaginé et pensé. Si on vous demande qui a inventé l'école primaire, c'est Jules Ferry. Le lycée, c'est Napoléon. Le collège, on ne sait pas. En fait, on n'a jamais tranché de savoir si c'est une super-primaire ou un petit lycée, alors que c'est un lieu décisif avec l'adolescence, le moment où nous enfants découvent la socialisation secondaire, où émergent des tas de préoccupations comme la sexualité et on n'a jamais pensé le collège pour être adapté à ces adolescents", estime le chercheur.

"Plus d'orientation par défaut"

Le collège est aussi le moment de "tri". Un mot affreux, juge Philippe Meirieu, mais qui est factuel selon lui: le collège, "c'est le moment où les écarts se creusent entre ceux qui réussisent et ceux qui peinent. La France sait faire de bons élèves, que d'autres pays nous envient. Mais nous creusons les écarts entre ces bons élèves avec ceux qui peinent, ne réussissent pas." "La France est un pays inégalitaire avec peu d'élèves moyens", abonde Pap Ndiaye, le ministre de l'Éducation nationale.

Le collège est aussi la première période d'orientation. Les élèves doivent choisir entre le lycée général, le lycée technologique ou le lycée professionnel. Pour Philippe Meirieu, "il ne faut plus que l'orientation se fasse par défaut. Il faut faire découvrir la réalité professionnelle pour passionner les enfants, notamment l'artisanat. Ce ne sont pas des sous-métiers. Il faut sortir de l'opposition manuel/intellectuel", conclut-il

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC