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Gantzer, Filippetti... chroniqueurs: "Ces chassés-croisés entre média et politique alimentent la défiance"

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- - Eric Fefferberg - AFP

. \nGaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande à l'Elysée, et Aurélie Filippetti, ex-ministre de la Culture, deviennent chroniqueurs radio. Jean Messiha, du FN, sera lui aussi éditorialiste sur une radio nationale. Aux yeux de Jérémie Nollet, sociologue des médias, ces chassés-croisés nourrissent la défiance envers politiques et journalistes.

Jérémie Nollet, 38 ans, maître de conférence à Sciences Po Toulouse, est spécialiste des médias.

"Ces reconversions des politiques dans le champ médiatique ont toujours existé. Il y a eu Roselyne Bachelot voici quelques années, ou d'autres, comme Henri Guaino. Ce qui est exceptionnel cette année, c'est qu'il y en a plus que d'habitude. Cela s'explique sans doute par le renouvellement des équipes politiques. Typiquement, des gens comme Gaspard Gantzer ne peuvent plus facilement se recaser dans le champ politique, parce qu'il y a moins d'institutions tenues par le Parti socialiste (PS). Les postes de conseillers à son niveau se font extrêmement rares. Il se tourne donc vers d'autres univers sociaux.

Ils connaissent le microcosme médiatique en profondeur

L'une des raisons du succès de ces reconversions est que ces hommes politiques connaissent très bien le microcosme médiatique. Historiquement, politique et journalisme sont très liés l'un à l'autre. Les deux se côtoient quotidiennement, sont en interaction - du moins, les médias nationaux les plus parisiens, et la partie la plus professionnalisée des ministères et de l'Assemblée nationale.

Ils maîtrisent l'art de la petite phrase, les façons de s'exprimer à l'antenne, ils ont des carnets d'adresse... Ce sont, pour cela, leurs meilleures ressources. L'art du communicant est d'ajuster la parole politique au monde médiatique. Il maîtrise leurs formats, comment on y conçoit et on y exprime ses idées.

Une porte de sortie

Le plus souvent, ils ne feront pas d'enquête de terrain. Ils sont chroniqueurs, éditorialistes, où ils font valoir leur notoriété et leur point de vue. Ce qui compte pour les médias qui les emploient, c'est d'avoir quelqu'un de prestigieux.

Ce n'est pas la même chose pour Guaino ou Bachelot, qui entrent dans l'univers des médias en fin de carrière, et d'autres, plus jeunes, comme Gantzer, qui ne va pas rester chroniqueur toute sa vie. Dès que le vent sera un peu meilleur pour le PS, il retombera sur ses pieds. Pour certains, c'est une porte de sortie, pour d'autres, une position d'attente. Il n'y a pas une reconversion mais "des" reconversions.

Un jeu dangereux

Pourtant, cela peut être un jeu dangereux. Il y a une forte défiance envers les élites politiques, que l'on voit beaucoup sur Internet. Et ce genre de chassé-croisé entretient l'idée que ce sont deux mondes liés par beaucoup de complicité, tout en alimentant le mythe d'une élite coupée du peuple…

Ils y gagnent en notoriété, mais il faudrait que l'image qu'ils construisent ne leur soit pas défavorable en allant trop dans le talk show ou le divertissement. Il est attendu des politiques qu'ils donnent des gages de sérieux. Leur crédibilité peut être entamée par ces passages dans les sphères médiatiques. On n'a pas d'exemple d'hommes politiques qui, après, aient fait un come-back et soient revenus au plus haut niveau. Ce n'est pas forcément en raison d'un mur qui se dresse, car ils peuvent aussi s'y plaire."

Propos recueillis par Paul Conge