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Il milite pour un congé paternité de quatre semaines: "On est nombreux à vouloir s’occuper de nos enfants"

Un père et son enfant en 2013 à Paris.

Un père et son enfant en 2013 à Paris. - AFP

Aujourd’hui, en France, les jeunes papas bénéficient d’un congé paternité de onze jours consécutifs. Une durée insuffisante pour le père comme pour la mère selon Naro Sinarpad (un pseudonyme, NDLR), qui a lancé une pétition sur internet signée par plus de 10.000 personnes. Son but: porter le congé paternité à quatre semaines pleines.

Naro Sinarpad (pseudonyme), informaticien de 30 ans, a lancé une pétition pour l’allongement du congé paternité.

"L’élément déclencheur, c’est une BD publiée par la blogueuse Emma sur internet et qui s’appelle ‘Fallait demander’. Et qui disait que les hommes se saisissaient peu des questions féministes qui les concernent, et notamment sur l’allongement du congé paternité. Je viens d’avoir 30 ans, je ne suis pas encore papa, mais je ne conçois pas la paternité sans m’occuper de mon enfant. Cela reste très court, 11 jours. Donc je propose l’allongement du congé paternité à quatre semaines.

J’ai pas mal de gens autour de moi qui commencent à avoir des enfants. Quand le père retourne travailler au bout de 11 jours, la mère se retrouve toute seule dans une phase où elle apprend à l’être. J’ai des amis qui suite à ça on fait des arrêts maladie successifs à cause de l’épuisement provoqué par le fait de s’occuper d’un enfant. C’est un moment assez critique pour l’apprentissage de ce qu’est être parent. Même dans les couples où la répartition des tâches est plutôt bien faite, souvent c’est le moment où la mère se met involontairement à s’approprier les tâches liées aux enfants. Et le père ne peut pas le faire parce qu’il n’est tout simplement pas là.

"Les femmes se battent plus pour leurs droits que les hommes"

Sur ma pétition, les trois quarts des commentaires viennent des femmes: les hommes ont un peu de mal à se saisir du sujet. Il y a sans doute quelques hommes qui préfèrent retourner bosser. Mais sur ma génération, on est nombreux à vouloir s’occuper de nos enfants, à souhaiter s’impliquer. Les femmes se battent plus pour leurs droits que les hommes, parce que les hommes sont dans une position dominante. On a moins le réflexe d’aller se battre.

Les hommes ne se rendent pas forcément compte de la charge qui pèse sur les femmes. C’est un peu comme le racisme. En tant qu’homme blanc, on ne va pas se rendre compte qu’un arabe ou un noir va se prendre trois ou quatre contrôles d’identité dans la semaine. On ne s’en rend pas compte parce qu’on n’y est pas confronté directement.

"Avec quatre semaines, on soulagerait la mère"

Moi je propose quatre semaines de congés paternité. Les études que j’ai pu trouver disent qu’il faut minimum 21 jours pour mettre des habitudes en place. Avec quatre semaines, on soulagerait la mère, on mettrait les bonnes habitudes en place avec son enfant. Je sais que certains prônent une égalité du congé post-natal et du congé maternité. On peut tendre vers ça à la fin, mais je pense qu’il faut d’abord avoir des revendications réalistes. Et quatre semaines ça doit pouvoir l’être.

L’allongement est dans le sens du vent. Au Canada et en Islande le congé paternité dure plusieurs mois. Ce sont des choses qui se mettent en place un peu partout. Le problème c’est qu’on connait nos institutions politiques : elles peuvent mettre des années à mettre en place un truc auquel la société est déjà prête. Aujourd’hui, je pense que le moment est venu."

Propos recueillis par Antoine Maes