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Mères de famille discriminées: "Ma carrière s'est brisée, elle n'a pas été celle qu'elle aurait dû être"

La CGT des cadres (Ugict-CGT) lance lundi une campagne visant à montrer les "discriminations" dont sont victimes les mères de famille au travail,

La CGT des cadres (Ugict-CGT) lance lundi une campagne visant à montrer les "discriminations" dont sont victimes les mères de famille au travail, - JACQUES DEMARTHON / AFP

TEMOIGNAGES - La CGT des cadres (Ugict-CGT) lance lundi une campagne visant à montrer les "discriminations" dont sont victimes les mères de famille au travail, à l'occasion de la semaine de l'égalité professionnelle femmes\/hommes. A cette occasion, RMC a rencontré des mères de famille qui se disent discriminées dès leur retour de maternité.

"Une vie de mère"… C’est le nom de la campagne lancée ce lundi par la CGT cadre (Ugict-CGT) afin de lutter contre les discriminations dont sont victimes les femmes au travail, particulièrement celles qui occupent des postes à responsabilités et qui sont aussi mamans. Une campagne qui se déroule à l’occasion de la semaine de l’égalité femmes/hommes et qui consiste notamment à partager sur les réseaux sociaux les petites phrases entendues sur les situations discriminantes vécues au travail.

"Trop haut dans la hiérarchie"

Pascale, par exemple, était cadre supérieur au sein d’une grande entreprise où elle comptait faire carrière quand, à son retour de maternité, ça a été la douche froide: "J'ai demandé à avoir un congé parental à temps partiel. Il m'a été répondu qu'il en était hors de question, que mon poste exigeait une disponibilité à 120-140% et qu'il n'était pas du tout compatible avec le statut de mère de famille. Au bout de quelques semaines, j'ai eu comme objectif semestriel de 'ranger le bureau de mon patron'".

Laure, 50 ans, cadre supérieur dans une entreprise de transport public (RATP) est mère de 5 enfants. La discrimination en tant que mère de famille, elle l’a connue dès son troisième enfant, quand elle est revenue de congé parental. "J'avais fait le choix de m'arrêter 18 mois et quand j'ai voulu reprendre, j'ai voulu le faire en temps partiel, indique-t-elle. A ce moment-là, mon employeur m'a dit que j'étais trop haut dans la hiérarchie et que c'était donc impossible".

"Impossibilité de concilier la carrière professionnelle avec la parentalité"

"J'ai donc perdu le niveau de poste que j'avais avant mon arrêt, poursuit-elle. Il a finalement accepté mais en me disant que les postes d'encadrement que j'avais, je ne les retrouverai pas. Je me suis donc retrouvée chargée de missions, c'est-à-dire dans un placard qui est devenu de plus en plus petit. Ma carrière s'est brisée. Elle n'a pas été celle qu'elle aurait dû être parce que j'ai tenu à être la mère de famille que je souhaitais être vis-à-vis de mes enfants".

Pour Sophie Binet, de la CGT cadre, les mères de famille se heurtent effectivement à une façon de travailler en France qui demande beaucoup trop de temps de présence sur les postes à responsabilité. "La norme de travail et le présentéisme, ce sont toujours ce qui domine, explique-t-elle. Le temps de travail des cadres est de 44,3 heures par semaine, en moyenne. Cela signifie donc qu'il n'y a pas de possibilité de concilier la carrière professionnelle avec la parentalité". C'est pourquoi, la CGT cadre demande notamment de mieux indemniser le congé parental ou d'instaurer des autorisations d'absence pour motif familial.

M.R avec Lionel Dian