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L'Elysée veut choisir les journalistes qui suivent Macron: "il veut préserver son capital dans l'opinion publique"

REACTIONS - La communication verrouillée du nouveau président Emmanuel Macron est critiquée par la presse. En effet, plusieurs sociétés de journalistes ont protesté jeudi, dans une lettre ouverte, contre la décision de l'Elysée de choisir les journalistes autorisés à accompagner le chef de l'Etat vendredi au Mali.

Parole rare, volonté du secret, médias choisis ou tenus à l'écart... tels sont les mantras de la communication du président Macron qui souhaite ainsi re-sacraliser la fonction. Par exemple, ce jeudi matin, pour le premier conseil des ministres du quinquennat, les médias ont été priés de quitter la cour d'honneur de l'Elysée, sans pouvoir, comme c'est l'usage, filmer et interroger les ministres à la sortie du conseil. Une stratégie aux antipodes de ce qui se faisait sous les ères Sarkozy et Hollande.

"Il a tiré les leçons du quinquennat passé"

Plus surprenant, pour le déplacement d'Emmanuel Macron au Mali ce vendredi, les responsables presse et communication ont directement contacté les journalistes qu'ils souhaitaient accréditer sur ce voyage officiel, sans laisser le choix aux rédactions. Une décision qui a fait réagir les Société de Journalistes d'une quinzaine de rédactions - dont celle de RMC - dans une lettre ouverte intitulée: "Monsieur le président, il n'appartient pas à l'Elysée de choisir les journalistes".

Pour Florian Silnicki, conseiller en communication politique, en agissant ainsi Emmanuel Macron entend montrer qu'"il a tiré les leçons des erreurs du quinquennat passé". "François Hollande était vraiment un anti-manuel de communication politique, Emmanuel Macron, lui, professionnalise les choses, estime-t-il. C'est notamment le sens des consignes données à son équipe et aux membres de son gouvernement."

"Macron a observé les dégâts que pouvaient engendrer une communication mal maîtrisée"

En revanche, pour ce spécialiste, cette manière de fonctionner "va évidemment créer des tensions avec les journalistes qui, eux, sont là pour obtenir le plus d'informations possibles. Mais l'objectif de Macron, avec ces règles et cette maîtrise, est de préserver son capital dans l'opinion publique". Hervé Asquin, correspondant de l'AFP à l'Elysée, considère lui aussi qu'Emmanuel Macron cherche à éviter de répéter les couacs de communication de l'ancien chef de l'Etat.

"François Hollande a beaucoup parlé pendant son quinquennat, rappelle-t-il. Il a fait de très nombreux 'off' avec les journalistes, il a commenté sa propre action, il a pris des risques avec la communication. Emmanuel Macron a observé les dégâts que pouvaient engendrer une communication mal maîtrisée et donc, lui, ne retombera pas dans les mêmes erreurs. Il essaie de raréfier cette parole pour que, lorsqu'il s'exprimera, elle porte. C'est ça son souci numéro un. Mais toute la difficulté va être de tenir sur cette posture".

M.R avec Elisa Bertholomey