RMC

La famille Alshaikh sur la route: "J'ai commencé à reparler de l'école à mes enfants"

SUR LA ROUTE DES REFUGIES – Nos deux reporters, Amélie Rosique et Antoine Perrin suivent le périple de la famille Alshaikh, des Syriens qui sont partis précipitamment lorsque les combats se sont intensifiés près de chez eux.

Pour Madj, Rana et leurs trois jeunes enfants, chaque jour est une nouvelle épreuve. Ce mercredi, à 5h du matin, après une nuit complète dans un train bondé à somnoler les uns sur les autres, la famille Alshaikh tient bon. Pas le temps de s’arrêter pour reprendre des forces. Ils franchissent, les pieds dans la boue, les quatre kilomètres de marécages qui séparent la Macédoine de la Serbie. Et comme d’habitude, Hadi, 6 ans, le seul garçon de la fratrie, porte son précieux sac de jouets préférés sur le dos. Il marche main dans la main avec son père.

"Tu seras un vrai superman"

"Je lui ai dit: 'Si tu arrives à porter ce sac qui contient tout ce que tu aimes jusqu’aux Pays-Bas, tu seras un vrai superman'", confie Madj. Et d'ajouter: "Mes enfants sont très fatigués. Avec leurs petits pieds, ils ne peuvent pas marcher aussi vite que les grands. Mais je les trouve tellement courageux. Ils ont une force incroyable en eux que je découvre aujourd’hui."

La famille est à quelques kilomètres de la frontière serbe. Il fait encore sombre mais il faut avancer à travers champs. Au loin, la police serbe procède à des contrôles. Un passage difficile pour les réfugiés car c’est toujours le moment où les rumeurs vont bon train, où la peur d’être renvoyé en Syrie gagne certains. Mais Madj et sa famille parviennent à se frayer un chemin dans la cohorte de policiers déployés pour gérer le flux de réfugié.

"Je les encourage à lire des livre"

Dès lors, les visages se décrispent. Le périple peut se poursuivre. Mais une fois la frontière franchie, en file indienne, entouré de policiers, c’est toujours le même rituel pour les Alshaikh: trouver un moyen de poursuivre le chemin, en pensant toujours à garder un peu d’argent pour la suite. Et c’est Majd qui s’en charge. Il négocie dur avec des chauffeurs clandestins. Pendant ce temps, le reste de la famille s’écroule à terre, éreintée, au bord d’une petite route de campagne, ne sachant plus très bien où elle est.

Rana, la mère de famille, en profite pour faire une toilette sommaire aux enfants: une lingette passée sur le visage et une goutte d’eau pour se frotter les mains. Le plus important pour elle est qu’ils reprennent au plus vite une vie normale, celle qu’ils ont toujours connu. "Quand on était en Turquie, j’ai commencé à leur reparler de l’école, je les encourage à lire des livres dès qu’on en aura. Ils étaient tellement tristes quand on est parti de Syrie, il y a un mois. Triste de laisser leurs copains et leurs profs. Alors je les rassure et je leur dis que quand on arrivera, ils iront dans une super école", livre la mère de famille.

Première nuit dans un hôtel

En Syrie, les enfants sont encore en période de grandes vacances. L’école doit reprendre la semaine prochaine. Rana espère bien être arrivée aux Pays-Bas d’ici là, par la Hongrie ou la Croatie. Ils se décideront aujourd'hui. En attendant, une fois arrivée à Bujanovac en Serbie, la famille prend un train pour se rendre à Belgrade. La route est longue, près de 9h de trajet, alors pour faire passer le temps les enfants chantent des cantiques de leurs pays. Et ce mercredi soir, c’est à Belgrade qu’ils ont dormi. Dans un hôtel, une vraie chambre avec une douche, pour la première fois qu’ils ont posé le pied en Grèce il y a une semaine.

M.R avec Amélie Rosique et Antoine Perrin