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"Je parle avec des réfugiés qui pourraient être mes potes", confie un humanitaire

Des migrants marchent le long d'une voie ferrée à Tabanovce, à la frontière entre la Macédoine et la Serbie, le 16 juillet 2015. (Photo d'illustration)

Des migrants marchent le long d'une voie ferrée à Tabanovce, à la frontière entre la Macédoine et la Serbie, le 16 juillet 2015. (Photo d'illustration) - AFP

SUR LA ROUTE DES REFUGIES – Nos deux reporters, Amélie Rosique et Antoine Perrin suivent le périple de la famille Alshaikh, des Syriens qui sont partis précipitamment lorsque les combats se sont intensifiés près de chez eux. Avant la guerre, à Damas, leur vie était confortable.

Ce mercredi matin, RMC vient à peine de rejoindre la frontière entre la Macédoine et la Serbie, aux côtés de la famille Alshaikh, des Syriens rencontrés sur l’île grecque de Lesbos. Majd, sa femme Rana et leurs trois jeunes enfants sont exténués. Il faut dire qu’ils n’ont pas dormi depuis lundi soir.

Tout va très vite pour eux, pour l’instant. La nuit dernière, la famille a traversé la mer Egée en bateau, pour rejoindre Athènes, la capitale grecque. Ils ont pris ensuite un bus, pour la Macédoine.

Un architecte et une prof de sciences

La frontière se franchit à pieds, en marchant le long des rails d’un chemin de fer. Ici, ils retrouvent des milliers de compatriotes syriens, en attente de pouvoir passer de l’autre côté. Le passage s’effectue relativement vite, les policiers grecs encadrent plutôt sereinement.

Côté Macédoine, en revanche, c’est beaucoup plus strict. Les réfugiés sont divisés en groupes d’environ 50 personnes et sont rassemblés dans des camps. Puis ils sont placés dans un train pour rejoindre la frontière serbo-macédonienne. Bref, un parcours du combattant.

C’est l’intensification des violences dans leur pays en guerre qui a contraint cette famille à quitter précipitamment leur pays. Le papa Majd est architecte et sa femme, Rana, prof de sciences. A eux deux, ils touchent un revenu confortable pour subvenir aux besoins du ménage. Ils menaient une vie paisible, dans un quartier protégé du sud de Damas, dans un bel appartement.

Un périple beaucoup plus cher que prévu

Mais jour après jour, les combats se sont rapprochés, rendant la situation intenable. Du coup, cet été, ils ont discrètement vendu tout ce qu’ils avaient (la maison, les bijoux, la voiture, etc.) pour financer leur voyage et celui de leurs trois jeunes enfants. Ils ont donc profité des vacances scolaires, cet été, pour fuir.

Leur destination, c’est la Hollande. Problème: le périple coûte beaucoup plus cher que prévu. Ce matin, pour la première fois de sa vie, Majd a dû accepter de la nourriture donnée par une organisation humanitaire.

"On m’a apporté des sacs d’aide alimentaire, de la nourriture donnée par des jeunes garçons venus d’Angleterre", raconte-t-il avant de fondre en larmes.

Le jeune papa avouera, un peu plus tard, avoir eu honte de faire vivre ça à ses enfants.

"Ils suivent les mêmes matchs de foot"

Ce qui est étonnant, c’est qu’une grande partie des Syriens rencontrés par RMC font partie des classes moyennes. C’est ce qui marque lorsqu’on fait le trajet avec ces milliers de réfugiés.

Lucas, un Français, l’explique très bien. Il est bénévole à l’agence des nations unies pour les réfugiés.

"Ce qui est fou, c’est que des fois, je parle avec des réfugiés qui pourraient être mes potes", explique ce jeune humanitaire rencontré à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. "Ils s’habillent comme moi, ils ont les mêmes références culturelles, ils suivent les mêmes matchs de foot, ils écoutent a même musique. C’est fou, ça montre vraiment que ça peut arriver à n’importe qui, du jour au lendemain, de devoir tout vendre, prendre un sac à dos et partir. Très peu de personnes ici ont plus qu’un sac à dos".

C’est aussi le cas de Majd, Rana et leurs trois enfants, Rose, Hadi et Rita, qui gardent malgré tout un optimisme à toute épreuve.

C. P. avec Antoine Perrin