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Le débat peut-il faire changer d'avis les électeurs? "Non, à part une bourde monumentale d'un candidat"

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- - Lionel BONAVENTURE / AFP

Ce mardi soir sur RMC et BFMTV, les onze candidats à l'élection présidentielle participent au deuxième débat avant le premier tour. Mais ces confrontations médiatiques, qui s’étaient déjà imposées comme des étapes clés lors des primaires à droite et à gauche, influencent-elles les électeurs dans leur choix? "Non", répond à RMC.fr Christian Delporte, historien, spécialiste de l'histoire politique, de l'histoire des médias et de la communication politique.

Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Versailles:

"Jusqu'à présent, au regard des duels présidentiels d'entre-deux-tours tels qu'on les a connus depuis 1974, les débats télévisés n'ont pas d'impact. Il suffit de regarder les enquêtes d'opinion avant/après, ça ne bouge pas. Tout simplement parce que la plupart du temps, on est à quelques jours de l'échéance et que l'électorat est cristallisé. Là, on est dans une configuration un peu particulière puisque les deux débats de ce premier tour sont inédits.

Si l'on prend le premier débat, il n'a pas franchement fait bouger les lignes. Certains analystes parlent d'une dynamique Mélenchon à la suite de celui-ci mais, en réalité, cette dynamique avait été enclenchée avant. Il est donc bien difficile de dire si c'est le débat qui a influencé ou non la montée de Mélenchon. Le débat joue mais également les commentaires qui en sont faits. Dire que Mélenchon est sorti vainqueur du débat a aussi participé à cette dynamique.

"Extrêmement difficile à mesurer"

De même, pour les débats des primaires à droite et à gauche, est-on bien sûr que Hamon et Fillon en aient profité? Je suis extrêmement prudent sur l'effet du débat lors des primaires. En revanche, je suis plus sûr de l'électeur-stratège. Si Fillon a gagné, c'est peut-être que les électeurs de droite voulaient écarter Sarkozy sans voter Juppé. Il restait donc Fillon, qui n'avait pas pris de coups durant la campagne puisqu'on ne l'avait pas vu arriver. Et ceux qui sont allés voter à la primaire à gauche souhaitaient se débarrasser de Valls. Ce qui a profité à Hamon. Le débat a peut-être eu une influence sur les votes mais c'est extrêmement difficile à mesurer.

Pour le débat de ce soir, il faut tout d'abord souligner que l'échéance est beaucoup plus proche et, au regard des enquêtes, on s'aperçoit que l'on est en pleine phase de cristallisation de l'électorat. Une enquête du Cevipof publiée ce mardi montre que 64% des personnes interrogées affirment que leur choix de candidat est définitif. C'est à peu près le même niveau qu'en 2012. La seule différence est que l'abstention est plus forte. De plus le format de cette émission ne laisse pas beaucoup de temps de parole pour les candidats (17 minutes chacun). Autrement dit, à part une bourde monumentale d'un grand candidat, ce qui n'est jamais à exclure, ça m'étonnerait fort que le débat ait une influence considérable.

Répondre en 1min30 à des questions complexes, ça ne me semble pas raisonnable. Sans doute que ça oblige les candidats à être synthétique mais ça les oblige aussi à être caricaturaux ou à s'en tirer par des formules. Dans un duel présidentiel de deux heures, les deux candidats face-à-face ont le temps de développer leur argumentation. Là, on efface cette argumentation au profit de réponses, certes concrètes, dont on ne comprend pas l'importance dans le cadre d'un projet plus vaste.

"Nicolas Dupont-Aignan est celui qui a le plus à gagner"

Ceux qui ont le plus a gagné de ce débat sont les petits candidats. Ils ont une carte à joueur puisque cela va leur permettre de gagner en notoriété. Mais c'est à relativiser car au maximum ils vont gagner 0,5 à 1 point dans les sondages. Et, encore une fois, à onze candidats, cela va être très difficile de sortir son épingle du jeu. A mon avis, celui qui a le plus à gagner parmi les petits candidats, c'est Nicolas Dupont-Aignan. Il est déjà connu et peut être une alternative à Fillon. C'est, en tout cas, ce qu'il va certainement essayer de montrer.

Si le débat devait influencer les électeurs, ce ne seront certainement pas ceux de Marine Le Pen. Son électorat est en effet celui qui est le plus cristallisé. Ça ne sera pas non plus le noyau dur de François Fillon, sinon il serait déjà parti. C'est peut-être l'électorat de Macron qui est le plus susceptible de changer d'avis car seulement 60% de ses électeurs se disent certains de leur vote. Toutefois, difficile de savoir vers quel candidat ces électeurs pourraient se rediriger. C'est très compliqué à dire car on n'a pas les outils pour affiner ce genre de chose".

Propos recueillis par Maxime Ricard