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Le temps de parole d'Eric Zemmour décompté dans les médias: qu'est-ce que ça change?

EXPLIQUEZ-NOUS - Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel a demandé que le temps de parole du polémiste dans les médias soit désormais décompté. Les explications de Nicolas Poincaré.

"Au regard des récents développements", Eric Zemmour peut "être regardé dorénavant, tant par ses prises de position et ses actions, que par les commentaires auxquels elles donnent lieu, comme un acteur du débat politique national", estime le Conseil supérieur de l'audiovisuel dans un communiqué mercredi soir.

À partir de ce jeudi, donc, chaque fois qu’Eric Zemmour passera sur une chaîne de radio ou de télévision, son temps de parole sera compté et déclaré au CSA. Et cela concerne évidemment en premier lieu la chaîne qui l’emploi, Cnews.

Lorsque nous ne sommes pas en période électorale comme en ce moment, les médias audiovisuels doivent déclarer tous les trois mois l’ensemble des prises de parole politique sur leur antenne. Et les il y a des règles à respecter. L'exécutif a le droit à un tiers du temps de parole. Les deux autres tiers doivent être partagés “équitablement” entre tous les partis. Équitablement, cela veut dire en tenant compte de leur importance aux dernières élections, au parlement, ou dans les sondages.

Jusqu'à présent Eric Zemmour, journaliste, éditorialiste, polémiste n’était pas concerné par ces calculs. Désormais, il l’est.

Est-ce que ça veut dire que Cnews va devoir le retirer de l’antenne ?

Pas du tout, mais cela va tout de même être assez difficile à gérer pour la chaîne. Eric Zemmour intervient tous les soirs dans une émission d’une heure dans laquelle il parle au moins la moitié du temps. Et l'émission est rediffusée dans la soirée. Soit une heure de temps de parole par jour, cinq jours par semaine. C’est considérable. Le temps de parole de Zemmour sera comptabilisé dans la case “Divers droite”.

Pour rester dans les clous, la chaîne du groupe canal devrait donc donner des heures d’antennes à tous les autres courants politiques et à l'exécutif. Même en diffusant des meetings ou de longues interviews la nuit, ce sera difficile.

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Il dénonce une censure et affirme que l’on veut le faire taire. Argument que l’on pourrait entendre s’il était le seul à être traité ainsi, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, Michel Barnier est considéré comme candidat présumé “Les Républicain” depuis le printemps dernier alors qu’il n’était pas encore candidat. Mais la presse laissait entendre qu’il allait se présenter et boum, son temps de parole a aussitôt été décompté.

Arnaud Montebourg, pareil. Il est compté comme candidat présumé divers gauche depuis qu’un journal, Libération, a annoncé à la mi-août sa probable candidature. Pareille pour Anne Hidalgo, “présumée candidate”, même si elle ne l’annoncera que dimanche prochain.

Autre exemple, Manuel Valls, lorsqu’il vient ici dans "Apolline Matin": son temps de parole est déclaré alors qu’il n’a plus aucun mandat et dit s'être retiré de la vie politique. Mais le CSA considère qu’il reste un acteur politique. En fait, si on regarde bien, dans cette pré-campagne présidentielle, il n’y avait qu’un présumé-candidat dont le temps de parole n’était pas pris en compte, c’était Eric Zemmour.

Mais qu’est-ce qui permet au CSA de dire qu’Eric Zemmour sera candidat?

Et bien par exemple, les affiches que l'on voit partout. Ses amis sont partis à la pêche aux signatures de maires. Ses déclarations, lorsqu’il dit, “je quitte le Figaro pour partir à la rencontre des Français”. Cela fait beaucoup d'indices.
Mais il y a surtout les propos de son avocat. Eric Zemmour devait être jugé pour des propos tenus sur CNews, à propos des migrants mineurs isolés. Il avait dit: "Ils n’ont rien à faire ici, tous, ils sont des voleurs, ils sont des assassins, ils sont des violeurs".

Mercredi, à l’audience, son avocat Olivier Pardo a demandé le renvoi du procès, en estimant: "Il ne fait pas grand mystère qu’il sera candidat à la présidentielle, et donc il convient de renvoyer le procès à après l’élection le 24 avril". Si son propre avocat le présente comme un candidat quasi-certain, c’est difficile de contester que le CSA le considère aussi comme un acteur politique.

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Finalement, le tribunal à renvoyé le procès, mais pas à après l'élection, l’audience a été fixée au 17 novembre. Coïncidence du calendrier judiciaire, un autre jugement a été rendus hier par la cour d’appel. Eric Zemmour était poursuivi pour incitation à la haine pour des propos tenus lors d’un meeting politique en 2019. La justice a estimé que l’infraction n’était pas constituée. Cette relaxe, c’était pour lui la bonne nouvelle du jour, avant la décision du CSA, qui est pour lui la mauvaise nouvelle du jour.

Nicolas Poincaré