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Les Français ont-ils perdu le goût de la révolte? "La colère s’exprime plus avec l'abstention"

Des appels à la grève ont été lancés pour ce jeudi, avec plusieurs rassemblements dans les villes. Des rassemblements qui attirent finalement assez peu de personnes. Alors les Français ont-ils perdu le goût pour la contestation dans la rue?

Plusieurs centaines de rassemblements étaient prévus ce jeudi en France, pour réclamer des hausses de salaires et mettre un premier coup de pression sur la réforme des retraites que le gouvernement veut faire passer rapidement. Des appels à la grève ont été lancés par les syndicats dont la CGT et FSU. À Paris, le rassemblement s'est élancé à 14h depuis Denfert-Rochereau, pour aller jusqu’à la place de la Bastille. Selon une source policière, 3.000 à 6.000 personnes étaient attendues dans les rues de la capitale. Très loin des grands rassemblements qu’on a pu connaître dans les années précédentes, comme par exemple pour la réforme des retraites en 2010 où les manifestations avaient été très importantes, ou plus récemment à l’époque des "gilets jaunes".

Alors, les Français ont-ils perdu le goût de la révolte? Pour Thierry Moreau, chroniqueur d'"Estelle Midi" ce jeudi sur RMC et RMC Story, une partie de la population est “résignée” sur la question des retraites.

"Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas en colère, ajoute-t-il. La colère aujourd’hui, elle s’exprime plus au travers des élections et donc de l'abstention grandissante, avec le risque derrière de favoriser les extrêmes, mais ça, c’est un autre débat. Sur la réforme des retraites, je pense que les gens sont résignés à devoir travailler plus. Ce à quoi ils sont attentifs, et qui peut mettre les gens dans la rue, ce sont les pensions minimum, la prise en compte de la pénibilité, on ne sait pas encore comment ça va se faire, et les carrières hachées, notamment pour les femmes. Tant qu’on n'a pas les données pour ça, ce n’est pas la peine d’aller manifester. Le curseur, ce sera les pensions."

"Il y a une certaine résignation dans le pays, mais sous celle-ci, il y a aussi beaucoup de colère"

Un avis que partage Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. Il n’est pas étonné par le manque de participation autour de cet appel à la grève ce jeudi.

"Quand on regarde toutes les données que nous collectons sur comment les Français voient leur situation aujourd’hui, on voit que quand on leur demande quel est pour eux le meilleur moyen de s’exprimer, de faire valoir les idées, c’est toujours le vote qui est majoritairement en tête. Boycotter des produits et manifester, pour eux, ça vient en troisième et quatrième moyens et c’est plutôt sur le déclin, surtout pour manifester dans la rue. Il y a une certaine résignation dans le pays, mais sous celle-ci, il y a aussi beaucoup de colère. Sur une échelle de 0 à 10, la moyenne de colère des Français est entre 6 et 7. Donc c’est très élevé. C’est une colère qui est beaucoup adressée contre le politique."

C'est aussi une première manifestation depuis la rentrée de septembre. Et elle se fait sans certains syndicats, comme la CFDT ou Force ouvrière. Dans les prochaines semaines, d’autres appels à la grève pourraient ainsi voir le jour, notamment en fonction de ce qu’annonce le gouvernement pour la réforme des retraites. Les partis de gauche prévoient de leur côté d'organiser le 16 octobre une "grande marche contre la vie chère et l'inaction climatique".

Guillaume Descours