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Pédocriminalité dans l'Eglise catholique: plus de 300.000 victimes depuis 1950 selon le rapport Sauvé

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Selon le rapport, entre 2900 et 3200 pédocriminels ont sévi dans l'Eglise en 70 ans.

Après deux ans et demi de travaux, une commission indépendante va rendre aujourd’hui son rapport sur les abus sexuels dans l'Église catholique. Il faut s’attendre à un tsunami, à une déflagration qui va faire l’effet d’une bombe. Ce sont les mots des auteurs de ce rapport. L’un deux explique que l’onde de choc sera immense, parce que l’on a découvert à quel point c’est toute l’institution catholique qui a été déviante.

La conférence des évêques de France avait commandé ce rapport il y a deux ans et demi: et les 2500 pages de conclusions sont un véritable big bang. 

Le rapport Sauvé estime à 216.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l'objet de violences ou d'agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs ou de religieux catholiques en France de 1950 à 2020, selon ses conclusions rendues publiques mardi.

Le nombre de victimes grimpe à "330.000 si l'on ajoute les agresseurs laïcs travaillant dans des institutions de l'Eglise catholique" (aumôneries, enseignants dans les écoles catholiques, mouvements de jeunesse), a ajouté Jean-Marc Sauvé en rendant publiques devant la presse les conclusions de la commission qu'il préside. 

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Sans en avoir encore connaissance, les évêques savent déjà qu’il décrit une situation “effrayante”. Et dès dimanche, dans presque toutes les églises de France, les prêtres au cours de la messe ont prévenu les fidèles qu’il devait se préparer à subir un choc.

Qu’y a-t-il de si terrible dans ce rapport? Des chiffres et des récits. Le nombre de victimes depuis 1950 est estimé à 10.000. Des hommes très majoritairement, ou plutôt des garçons, 87% des victimes étaient mineurs. L’autre chiffre est celui des agresseurs. Entre 2900 et 3200 prêtres. Estimation minimale. Ça représente environ 3% des prêtres qui ont exercé depuis une soixantaine d’années. Trois % des prêtres pédophiles, en ne parlant que de ceux qui ont été découverts.

Qui sont les auteurs du rapport et comment ont-ils travaillé ?

Tout est parti de l’affaire Preynat à Lyon il y a trois ans. Preynat du nom de ce prêtre qui avait abusé de jeunes scouts pendant des années en profitant du silence de sa hiérarchie qui fermait les yeux. La conférence des évêques a alors demandé à Jean-Marc Sauvé de constituer une commission indépendante. Jean-Marc Sauvé est un ancien très haut fonctionnaire qui venait de prendre sa retraite. Il a obtenu de travailler comme il l’entendait et avec des moyens financiers presque illimités. Il a rassemblé une vingtaine d'experts, avec autant d'hommes que de femmes, autant de croyants que de non-croyants, mais aucun religieux ou membres de l'Église et aucun représentant des associations de victimes.

Des appels à témoins ont été lancés. Et plus de 6000 victimes se sont manifestées. 250 d’entre elles ont été longuement auditionnées. Ce qui a donné lieu à des confessions intimes, mais surtout à un grand déballage d’horreurs. Le récit de toute la panoplie des violences sexuelles, des sévices, des viols, des attouchements, d’actes de torture ou de pratiques esclavagistes sur des enfants de la part de religieux. Ces centaines de pages de témoignages seront rendues publiques tout à l'heure.

Les membres de la commission ne sont pas sortis indemnes de ce travail

Alice Casagrande, pourtant spécialiste de la maltraitance des enfants, a raconté au Parisien: “On s’est retrouvé plongé dans un monde de sadisme, de folie, de perversion qu’on aurait jamais cru possible. Au début, on a eu du mal à y croire.”

Le Monde révèle que président de la commission Jean-Marc Sauvé s’est retrouvé à Strasbourg pour une audition d’une victime. Et à la fin d’un récit de deux heures particulièrement éprouvant, ce grand serviteur de l'État a déclaré. “J’ai besoin d’aide”. À 72 ans pour la première fois de sa vie, il a demandé le soutien d’un psychologue.

Ce rapport dresse donc l’état des lieux, mais il fait aussi des propositions. 45 préconisations que l’on va découvrir aujourd’hui. On sait que le rapport propose de changer en profondeur la gouvernance de l'Église, de travailler sur la formation des prêtres et la prévention.

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Il est aussi question des réparations dues aux victimes. Un fond de soutiens de cinq millions d’euros est prévu, mais il faudra peut-être aller plus loin en fonction des révélations de la commission Sauvé.

Ce que les victimes voudraient surtout, c’est que l’on puisse faire toute la lumière sur les mécanismes de la loi du silence. François Devaux, cofondateur de la parole libérée, une des victimes à Lyon du père Preynat espère que le rapport permettra de comprendre comment et pourquoi la hiérarchie catholique a systématiquement tenté d'étouffer les scandales.

Nicolas Poincaré