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Allocation adulte handicapé dégressive: "Je suis déjà dépendante de mon handicap et en plus je dois l'être de mon conjoint"

Jusqu'au 14 mars, vous êtes invités à choisir dans une liste de 60 propositions les 30 que vous voudrez voir présentées au président de la république et à tous les élus. Parmi lesquelles, la fin de la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul du montant de l’allocation adulte handicapé.

C’est l’une de vos 30 propositions de lois citoyennes: faut-il attribuer l’allocation adulte handicapé, l'AAH, sans prendre en compte les revenus du conjoint? L'AAH est une allocation de 860 euros dont bénéficient 1,13 million de personnes en situation de handicap.

Mais dès lors que les revenus du conjoint valide dépassent les 1.600€ par mois, l’allocation est dégressive. 250.000 personnes sont concernées en France.

Une proposition de loi en ce sens faite ce jeudi par les députés communistes, lors de leur niche parlementaire, a été refusée le soir même à l'Assemblée nationale.

"On a du se dépacser pour pouvoir retoucher mes aides"

Alors pour continuer de la toucher, certains couples se déclarent célibataires et vivent dans la clandestinité. Léa s’est pacsée il y a deux ans. Immédiatement, son allocation adulte handicapé a été retirée. En cause: les revenus trop élevés de son conjoint, 2.400€, bien au-dessus du plafond prévu par la loi.

"On a du se dépacser pour pouvoir retoucher mes aides en fait. Mon conjoint n’a pas à tout payer pour moi en fait. Je suis déjà dépendante de mon handicap et en plus je dois être dépendante de mon conjoint. Je trouve ça très réducteur".

"L'illégalité nous met dans une situation de stress"

Même en concubinage, Léa ne peut pas bénéficier de son allocation. Alors elle ment, se déclare célibataire et dit occuper seule son appartement. Une vie de couple cachée qui devient pesante pour Marc, son compagnon.

"Le fait de devoir vivre comme ça avec cette tension permanente d’un contrôle qui pourrait arriver ce n’est pas de gaieté de cœur et l’illégalité nous met dans une situation de stress aussi".

"Un coût nécessaire pour avoir accès à des droits fondamentaux"

Ne plus prendre en compte les revenus du conjoint dans le calcul de l’allocation coûterait 2 milliards d’euros à l’Etat chaque année. Une dépense essentielle pour la dignité des handicapés plaide Pascale Ribes, de l’association des paralysés de France: "Certes ces mesures là peuvent avoir un coût mais c’est un coût nécessaire pour avoir accès à des droits fondamentaux".

Des sénateurs et des députés ont déjà déposé des propositions de lois en ce sens. Elles ont toujours été rejetées.

Cyprien Pézeril (avec Caroline Petit)