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"Ce virus est une vacherie": est-on vraiment immunisé après avoir été malade du coronavirus?

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, le 13 mars 2020.

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, le 13 mars 2020. - Ludovic Marin / AFP

Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, a été entendu ce mercredi par la commission des lois du Sénat.

Le coronavirus, cet illustre inconnu... Plus les semaines passent, plus les chercheurs découvrent des composantes particulières de ce Covid-19. Ainsi, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a dénoncé mercredi devant la commission des lois du Sénat, "cette vacherie" du virus. En cause: l'impossibilité d'avoir des certitudes sur ce mal. 

Il explique ainsi que l'immunité, qui prévaut en général après une première infection, ne serait pas acquise pour le coronavirus:

"Vraiment, ce virus est une vacherie. On est même en train de se poser la question de l'immunité. Si quelqu'un est guéri du Covid-19, est-il vraiment si protégé que cela? On se demande si nous ne sommes pas en train de nous tromper complètement. Il y a une série d'éléments qui suggèrent qu'il y a des phénomènes de réactivation qui peuvent arriver. Donc, nous ne savons pas si le fait d'avoir des anticorps est un élément absolu de protection" a indiqué Jean-François Delfraissy. 

Alors, peut-on attraper deux fois le Covid-19? Cette question cruciale dans la lutte contre la pandémie n'a aujourd'hui pas de réponse ferme. Et pour cause: le virus est trop nouveau pour permettre la moindre certitude. 

Immunité collective ou confinement très long?

Des informations venues d'Asie, en particulier de Corée du Sud, faisant état de plusieurs patients guéris testés à nouveau positifs soulèvent de nombreuses interrogations. En théorie, il pourrait s'agir d'une deuxième contamination, notent plusieurs experts, qui jugent toutefois cela peu probable et privilégient à ce stade d'autres explications. Il se pourrait que chez certains, le virus ne disparaisse pas et infecte "de façon chronique", comme le virus de l'herpès qui peut rester dormant et asymptomatique 

Une étude réalisée sur 175 patients guéris à Shanghai, publiée début avril sans évaluation, montre que la plupart d'entre eux ont développé des anticorps neutralisants entre 10 et 15 jours après le début de la maladie, à diverses concentrations. Mais "savoir si la présence d'anticorps signifie immunité est une question différente", a noté Maria Van Kerkhove, autre responsable de la gestion de l'épidémie à l'OMS. Certains s'interrogent sur la pertinence d'atteindre, via les contaminations, une immunité collective. Voire de réintroduire une mutation contrôlée du virus pour permettre à tous de ne plus tomber malade.

Des éléments de doutes qui lui ont d'ailleurs fait dire que 18 millions de personnes à risque devront rester confinées même après l'allègement du confinement prévu le 11 mai. 

Selon lui, ces 18 millions de personnes sont les personnes "d'un certain âge, dont je suis, au-dessus de 65 ou de 70 ans", les personnes ayant des affections de longue durée, ainsi que "des sujets jeunes ayant une pathologie, mais aussi obèses". Pour le reste de la population, le déconfinement annoncé par Emmanuel Macron pour le 11 mai ne pourra se faire que si un certain nombre de conditions sont réunies, a-t-il estimé. 

Xavier Allain avec AFP