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Covid-19: pourquoi la "deuxième vague" semble plus grave que la première en France

Contrairement au début de l'année, la montée des eaux semble plus lente mais inexorable.

C'est l'heure de trancher pour Emmanuel Macron: face au bond exponentiel de l'épidémie de Covid-19, le président a annoncé ce mercredi aux Français de nouvelles restrictions dont un reconfinement adapté du pays, moins strict qu'au printemps. Cette mesure est moins stricte qu'en mars puisque les crèches, écoles et collèges, ainsi que des commerces essentiels. 

Deux semaines après avoir annoncé le couvre-feu pour 46 millions de Français, Emmanuel Macron est contraint de réduire encore la voilure. Ce mercredi soir, son constat est d'ailleurs implacable: le système "tester, alerter, protéger" pour enrayer l'épidémie du Covid-19 n'est plus efficace.

"Le pari de tout miser sur la stratégie de tester, alerter, protéger" est efficace "avec quelques milliers de cas par jour, nous avons aujourd'hui entre 40 et 50.000 contaminations", a déploré le chef de l'Etat. "Aucun pays européen ne le retient plus aujourd'hui", a-t-il ajouté, en faisant par ailleurs valoir que la France réalise "1,9 million de tests par semaine", l"un des meilleurs pays d'Europe", a-t-il souligné. 

Mais que disent les chiffres?

Que la "seconde vague" semble plus grave que la première. Ainsi, au printemps, la vague était très haute et soudaine. Vite cassée par le confinement. Mais cette fois-ci, la montée des eaux semble plus lente mais inexorable. Les chiffres des hospitalisations sont similaires au dix premiers jours du premier confinement: 18.000 malades Covid hospitalisés, soit autant que le 28 mars. 2761 en réanimation, autant que le 25 mars. Tout comme le nombre de morts, environ 200 par jour. 

Au niveau des lits de réanimation, 55% sont déjà occupés au niveau national, mais la courbe est exponentielle: les chiffres doublent tous les 14 jours. Et à ce rythme, on arrivera donc à saturation d'ici début novembre. 

Autre élément-clé qui a sans doute fait basculer le gouvernement vers un reconfinement: une projection de l'Institut Pasteur, publiée lundi dernier, qui prévoit une accélération du nombre de malades en réanimation.

Elle suggère ainsi que 98% des lits de réanimation seront occupés mi novembre, si rien n'est fait. Emmanuel Macron l'a lui même annoncé: 9.000 malades du Covid seraient en réanimation dans 15 jours. 

La modélisation mathématique de l'institut Pasteur prévoit que la situation va se dégrader d'abord dans les régions Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et la région PACA. Concrètement, cela veut dire que, dans ces régions, il n'y aurait plus aucune place pour les malades non-Covid. 

Si le gouvernement a prévu le déploiement de 6200 lits de réa en cas de crise, mais cela ne suffirait toujours pas selon l'Institut Pasteur: la saturation pourrait atteindre 200% en Rhône-Alpes dès le 13 novembre, si les contaminations vont crescendo.

Quelle stratégie sanitaire?

Reste toutefois une bonne nouvelle, la seule sans doute: le taux de reproduction du virus. Le nombre de personnes contaminées par une personne infectée semble se stabiliser à 1,4 contre 3 en mars. Les spécialistes estiment ainsi qu'un gros effort collectif pourrait entamer le reflux de l'épidémie. Comme un reconfinement, donc. 

Ce mercredi soir, Emmanuel Macron a également salué le travail de l'Assurance maladie et les agences régionales de santé qui passent "100.000 appels chaque jour pour identifier les cas contacts et briser les chaînes de contamination".

La stratégie de tests de dépistage et de traçage des contacts sera redéployée "une fois le pic épidémique passé" et "ces outils doivent nous permettre de tenir jusqu'au vaccin (attendu) à l'été, nous disent les scientifiques", a détaillé le président, en assurant "mettre en place beaucoup plus de plateformes de tests à travers des innovations" tels que les tests rapides en 30 minutes".

La rédaction de RMC (avec AFP)