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Covid: l'Espagne réserve les tests aux plus de 60 ans, faut-il faire pareil?

L'Espagne réduit drastiquement, à partir de ce lundi, son dispositif d'isolement et de tests Covid. La France doit-elle emboîter le pas?

Faut-il imiter nos voisins ibériques? L'Espagne a supprimé ce lundi l'obligation de quarantaine pour les cas légers de Covid-19 et ne suivra plus que les malades graves ou les personnes vulnérables, dans le cadre d'une nouvelle stratégie visant à traiter la maladie comme endémique.

C'est également la fin des tests systématiques pour tous les cas suspects ou cas contacts afin de les limiter aux personnes à risque (plus de 60 ans, immunodéprimés ou femmes enceintes), aux soignants et aux cas graves.

Le pays, l'un des plus endeuillés en Europe par la première vague de la pandémie et qui avait décrété l'un des confinements les plus stricts au monde au printemps 2020, a justifié ce virage par l'immunité très élevée de la population et la faible incidence actuelle.

"Absurde d'empêcher de travailler une personne asymptomatique"

Vivre avec le virus et traiter le Covid-19 non plus comme une pandémie, mais comme une maladie endémique dont le suivi épidémiologique ressemblera à celui de la grippe, est-ce vraiment une bonne idée? Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique et invité d'Estelle Midi ce lundi sur RMC et RMC Storu, estime que oui.

"Je suis tout à fait d'accord, il faut faire comme on fait avec la grippe. Ce n'est pas parce qu'on ne fait une politique de 'testing' systématique et d'isolement qu'on ne surveille plus l'épidémie. Tous les virus et bactéries sont surveillés."

L'épidémiologiste estime que de continuer à isoler systématiquement est totalement contre-productif.

"Par exemple, ma fille n'a pas pu aller pendant une semaine à l'école alors qu'elle n'a eu aucun symptôme. On n'aurait pas fait ça avec les autres viroses. Si on continue, ça voudrait dire qu'il faudrait tester les enfants pour tous les virus hivernaux. C'est totalement absurde de faire ces choses-là, tout comme c'est absurde d'empêcher de travailler une personne asymptomatique (positive)."

"Si les gens se rendaient compte du réel coût sociétal que ce genre de mesures a..."

Martin Blachier met dans la balance l'argument économique et l'impact mental des restrictions sanitaires pour justifier son choix.

"Si les gens se rendaient compte du réel coût sociétal que ce genre de mesures a par rapport à ce qu'il apporte sur l'épidémie, les gens seraient totalement offusqués. Mais le traumatisme de la pandémie fait que l'on accepte des choses absurdes sans réagir."

"Evidemment qu'on va apprendre à vivre avec ce virus et pas continuer de se retirer de la société à chaque fois qu'on est porteur de la Covid-19 qui, on s'en rend compte, peut nous réinfecter tous les 3-4 mois, comme un rhume chaque hiver", conclut-il rappelant que le dispositif actuel coûte encore aujourd'hui 20 millions d'euros et n'empêche pas la vague épidémique.

J.A.