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Déprogrammation d'interventions hospitalières: "On cumule une dette de santé publique qu'il faudra payer un jour"

DOCUMENT RMC - Le professeur Jean-Michel Constantin, chef du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, était l'invité de RMC ce mardi matin et s'inquiète des conséquences à long terme des déprogrammations.

Le confinement de la région parisienne ne serait pas d'actualité selon la direction générale de la santé, mais les chiffres sont inquiétants. Le directeur de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France a donné dimanche aux cliniques et hôpitaux l’ordre "ferme et immédiat", ce sont ses mots, de déprogrammer 40% des interventions prévues et ce, dès la fin de la semaine. Il souhaite ainsi libérer du personnel et plus de 1.500 lits pour les patients Covid-19.

Conséquence d’une forte hausse du taux d’incidence dans la région depuis une quinzaine de jours. Il atteint aujourd’hui 346 cas pour 100.000 habitants. La situation est donc également dégradée dans les hôpitaux, les admissions quotidiennes ont augmenté de 14% en une semaine, les entrées en réanimation de 31%. Les services sont quasiment saturés, 8 lits de réa sur 10 sont occupés par des malades du coronavirus.

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"La situation n'est pas hors de contrôle mais devient excessivement compliquée"

Le professeur Jean-Michel Constantin, chef du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, était l'invité de RMC ce mardi matin et fait état d'une situation inquiétante à plusieurs points de vue.

"La situation n'est pas hors de contrôle mais devient excessivement compliquée. On a des niveaux de pressions qui sont ceux de la première semaine de novembre. Mais à l'époque on était confinés donc on savait que ça allait baisser."

La déprogrammation qu'est-ce c'est exactement? Le professeur éclaire sur les choix qui sont faits et explique qu'il ne faut absolument que les patients annulent d'eux-mêmes. 

"La déprogrammation est médicale, les médecins choisissent ce qui doit être déprogrammé. On ne va pas déprogrammer un cancer du colon diagnostiqué mais plutôt une opération de la hanche par exemple. Mais il y a des opérations de la hanche qui attendent depuis un an maintenant. (...) Ca ne va pas dans le bon sens"

"On va le voir au bout de deux ans, trois ans. On cumule"

Le dépistage des maladies graves baisse automatiquement et avait été quasi nul pendant le premier confinement, ce qui est inquiétant à long terme selon le Pr Constantin. Il y aurait 1 à 5% de mortalité en plus selon la fondation de recherche contre le cancer.

"C'est un coût pour la santé publique. Sauf qu'il ne se fera pas dans six mois on va le voir au bout de deux ans, trois ans. On cumule. Rien n'est simple. Le coupable est le virus. On est en train de mettre une dette de santé publique qu'il faudra payer à un moment ou à un autre."

Pour lutter immédiatement contre cela il faut "des lits et du personnel" selon le professeur

J.A.