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Des ordonnances faites par des infirmiers? "Comment avoir un bon diagnostic?" tacle Jérome Marty

Le gouvernement aimerait permettre aux infirmiers en pratique avancée (IPA) de réaliser des ordonnances, comme les médecins généralistes. Au grand dam de ces derniers, qui estiment que cela pourrait avoir des répercussions sur les soins.

Bientôt des ordonnances rédigées par des infirmiers? Pour améliorer l'accès aux soins, la majorité a déposé une proposition de loi pour que les infirmiers en pratique avancée puissent avoir des missions plus larges, avec notamment la possibilité de délivrer des ordonnances.

Les IPA, ces infirmiers en pratique avancée, auraient ainsi le statut de praticiens, et pourraient aussi soigner des maladies bénignes de type grippe, gastro, et prescrire des médicaments, ce qui éviterait au patient de se rendre chez un médecin généraliste.

Une initiative qui ravive la colère des médecins généralistes, justement. "Pour prescrire en médecine générale, il faut sept ans et demi d’études, en remplaçant. Sinon, c’est dix ans d’études difficiles et longues", rappelle dans "Les Grandes Gueules", ce mardi sur RMC et RMC Story le docteur Jérôme Marty, président de l’ UFML (Union française pour une médecin libre).

"Pour un IPA, il lui faut deux ans de stage après les trois ans d’étude seulement. La médecine, c’est beaucoup plus difficile que ça. Il faut renforcer l’offre de proximité dans les zones où les patients n’ont pas accès aux médecins, pas la remplacer", ajoute le praticien.

Seulement 3% des IPA exercent en libéral

Jérôme Marty pointe du doigt des problèmes de diagnostic: "En médecine, on ne trouve que ce que l’on cherche et on ne cherche que ce que l’on connaît. On voit clairement qu’une formation médicale parcellaire ne permet pas de faire un diagnostic. On n’est pas contre les IPA amis. Ce que l’on ne veut pas, c’est qu’on pérennise une situation de trou démographique médical organisé par les politiques", estime le praticien.

Le patron des chasseurs Willy Schraen, qui évoque la situation dans les zones rurales, rappelle que certains sont obligés de faire des consultations dans des cabines de téléconsultation. "Il faut faire confiance à ce médecin qui ne nous a jamais vu plutôt qu’à l’infirmière qui passe tous les jours et qui connaît le patient et habite le village ?", interroge-t-il. "C'est deux ans de formation vs dix ans ! Comment veux-tu avoir un bon diagnostic ?", martèle Jérôme Marty.

Aujourd'hui, près d'un Français sur dix n'a pas de médecin traitant. Concernant les infirmiers en pratique avancée, on en recense 1.700 sur tout le territoire, dont 97% à l’hôpital public et seulement 3% en libéral. "Ils ne sont pas fous, ils savent qu’on va leur demander plus que leur formation et que le risque, c’est l’explosion de la responsabilité civile professionnelle", conclut Jérôme Marty.

G.D.