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Euthanasie: "On m'a dit de le faire, je n'ai pas eu le courage", témoigne une infirmière

Alors qu'Emmanuel Macron veut assouplir la loi sur l'aide active à mourir et se dit pour la légalisation de l'euthanasie, une infirmière raconte sur le plateau des "Grandes Gueules" ce mardi, sur RMC et RMC Story, avoir été pressée par un patient en fin de vie de lui administrer de la morphine.

Bientôt une nouvelle loi sur la fin de vie en France avec une légalisation de l'euthanasie? Le Comité consultatif national d'éthique a estimé ce mardi qu'il était possible de légaliser une aide active à mourir, mais à de "strictes" conditions. Cet avis a été immédiatement suivi de l'annonce par Emmanuel Macron, d'une large consultation citoyenne sur l'euthanasie, qui rendra en mars ses conclusions en vue d'un éventuel changement de "cadre légal" d'ici à la fin 2023. Le chef de l'État n'exclut ni une issue par la voie parlementaire, ni un référendum.

Mais certains médecins n'auront pas attendu 2023. Et d'autres personnels assurent avoir déjà refusé des demandes de patients. C'est notamment ce qui est arrivé à Catherine Dubertrand, infirmière dans la Sarthe.

"C'est donner la mort au bout d'une seringue"

"Il faut le courage de le faire", raconte-t-elle ce mardi sur le plateau des "Grandes Gueules". "Un patient était en train de vivre ses dernières heures. Il y avait toutes les ampoules de morphine à côté, sa fille m'a tenu la main et m'a dit 's'il te plaît, fais-le, il n'en a plus que pour quelques heures'", explique-t-elle sur RMC et RMC Story.

"Je lui ai dit que je n'avais pas le courage, je lui ai dit que les ampoules de morphine et les seringues étaient à côté si elle le voulait. Elle ne l'a pas fait non plus et son père est finalement mort quelques heures plus tard. Il était condamné. Je n'ai pas eu le courage parce que c'est donner la mort au bout d'une seringue", ajoute l'infirmière.

Clause de conscience

Une délégation qui agace Olivier Truchot, le co-présentateur des "Grandes Gueules". "Ce qui m'énerve dans ce débat, c'est qu'on ne peut pas ou ne veut pas se tuer soi-même, mais on veut que quelqu'un le fasse à sa place. Cette délégation, du coup, il faut le courage de la prendre", assure-t-il.

Le Comité consultatif d'éthique estime que la demande d'aide active à mourir devrait se faire d'une façon "libre, éclairée et réitérée" par la personne concernée, puis être analysée dans une "procédure collégiale" pour vérifier que les souffrances du patient ne peuvent être apaisées. Et les soignants impliqués doivent pouvoir faire jouer une clause de conscience pour refuser d'aider le patient à mourir.

Guillaume Dussourt