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"Expliquez-nous": ces patrons qui se sont enrichis pendant la crise du coronavirus

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour.

Pendant l'épidémie, les affaires continuent! Malgré la récession qui frappe toute la planète, des fortunes se sont construites ces dernières semaines… D’autres ont simplement encore un peu plus gonflé. Si l’on prend les 600 premières fortunes américaines, elle ont augmenté de 434 milliards de dollars en deux mois seulement. entre la mi-mars et la mi-mai. Les calculs ont été fait par l’association des contribuables américains avec les chiffres du magazines Forbes. Cela veut dire que ces 600 ultras riches américains ont gagné chacun en moyenne 720 millions en deux mois, soit exactement 12 millions par jour.

Mais ce n’est que la moyenne: si l’on rentre dans le détails, plus ces fortunes sont importantes, plus elle ont encore grossi. Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, fondateur d’Amazon, a gagné 34 milliards en deux mois, Mark Zuckerberg 25 milliards grâce à Facebook, Bill Gates 8 milliards, Elon Musk le fondateur de Tesla et des fusées SpaceX a vu sa fortune augmenter de 48% en seulement deux mois. Soit 36 milliards de plus aujourd’hui. 

Qu’est-ce qui explique de telles envolées? 

Une seule raison: les cours de la Bourse. Les bourses ont dégringolé jusqu'à la mi-mars mais ne cessent de monter depuis. Donc quand on parle des gains des très riches américains depuis deux mois, on oublie de dire que beaucoup avaient perdu au moins autant le mois précédent. Mais ce n’est pas le cas de Jeff Bezos: lui, Il a gagné 250.000 euros par minute depuis la mi-mars, sans avoir beaucoup perdu en février. 

Ce qui frappe, surtout, c’est l’amplitude des mouvements. Et le fait que la bourse américaine puisse monter ainsi depuis deux mois, alors que l’économie est à l'arrêt et que 38 millions d’américains se sont inscrits au chômage depuis le début de la crise.

Quels sont les secteurs qui profite le mieux de la crise? 

Les secteurs de ce que l’on appelle "le stay at home". Le "rester à la maison" en bon français. L’action Netfilx a gagné 46%, Facebook +60%, en ramassant toute la publicité qui reste en temps de crise.

Un bon exemple de ces nouvelles fortunes: le fondateur de Zoom, qui vient de gagner personnellement 4 milliards en 3 mois.

Zoom, c’est l’application qui permet d’organiser des vidéo-conferences ou des apéros virtuels: son activité a progressé de 1.900% en quelques semaines. Son fondateur est un Chinois, fils de mineur qui s’est vu refuser sept fois son visa d’entrée aux Etats-Unis. Finalement il l’a eu et s’est installé en Californie et a développé son application quasiment tout seul et en ne parlant pratiquement pas Anglais. Il y a deux ans, il n’avait aucune fortune. Aujourd’hui, il est assis sur 8 milliards de dollars. Une fulgurante ascension puisqu'il est dans les 200 Américains les plus riches.

Et les Français dans tout ça?

D’abord un trader, Pierre Andurand, 43 ans, d’Aix-en-Provence: il a été champion de natation junior, mais aujourd’hui il est fou de kick-boxing, ce sport ou tous les coups sont permis et qui convient assez bien aux traders.

A 27 ans seulement, il touchait déjà un bonus de 20 millions d’euros lorsqu'il travaillait chez pour Goldman-Sachs. Il a ensuite fondé un fond d’investissement spéculatif: il place l’argent des autres sur les marchés risqués. Ses bureaux sont à Londres et lui, vit à Malte. 

Et il vient de réussir le plus beau coup de sa carrière en pariant... sur la baisse des cours du pétrole. Il était le seul à avoir prédit que le prix du baril de pétrole pouvait tomber en dessous de zéro. Ce qui est arrivé le 21 avril et lui a rapporté beaucoup beaucoup d’argent.

L’autre Français, qui est en train de construire une fortune, c’est Stéphane Bancel, le PDG du labo américain Moderna. Cet ingénieur de 47 ans est passé par le Lycée Ginette à Versailles, de l’Ecole Centrale à Paris, de l’université de Harvard aux Etats-Unis. Il a travaillé au Japon puis en France pour bioMérieux. En 2011, il participe à la fondation de Moderna, dans le Massachussets, aux Etats-Unis.

C’est un pari audacieux: une start-up qui veut développer une nouvelle famille de médicaments basés sur des modifications génétiques pour que le corps fabrique ses propres défenses, contre le cancer ou contre un virus. Arrive alors le Covid-19. Moderna est l'un des labos les plus avancés sur la recherche d’un futur vaccin. L’action s’est envolée et Stéphane Bancel se retrouve a la tête d’une fortune évaluée à deux milliards et demi de dollars.

Nicolas Poincaré