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"Ici tu le fais, on se fout de ta gueule": pourquoi les habitants des quartiers nord de Marseille sont moins vaccinés que les autres

DOCUMENT RMC - Le taux de vaccination est deux fois plus bas dans les quartiers nord que dans le sud. Une différence qui peut s'expliquer par la défiance envers les services de l'Etat.

Dans les quartiers nord de Marseille, la couverture vaccinale est très faible. Elle s'établit à presque 30% loin de la moyenne nationale. Ce taux est deux fois moins important que dans les quartiers sud de la cité phocéenne.

Les cités des quartiers nord fonctionnent presque comme des bulles. Elles sont entourées de grille avec une cour intérieure, se transformant en espace rassurant pour certains mais également en espaces hermétiques à la contradiction, parfois au monde extérieur et parfois aux services de l'Etat.

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Dans ce cadre, la vaccination est alors perçue comme une ingérence de l'Etat, comme l'explique Karim, un Marseillais habitant la cité des Aygalades: "Quand il y en a qui se vaccine, on dit qu'il a fait n'importe quoi. Si tu fais le vaccin, on se fout de ta gueule".

Karim s'informe principalement sur les réseaux sociaux. Et son maître à penser, c'est Didier Raoult, le président de l'IHU de Marseille promoteur de l'hydroxychloroquine comme remède contre le Covid-19.

"Dans les quartiers, tout le monde l'aime bien. Ce qu'il dit c'est réel, comme l'Etat qui nous manipule. Ce n'est pas contre l'Etat, c'est pour nous. J'ai peur du vaccin tout simplement et je ne fais pas confiance à l'Etat", ajoute Karim.

Samedi, trois jours avant l'arrivée d'Emmanuel Macron à Marseille, une opération de vaccination a été menée dans le quartier des Aygalades: "On le voit débarquer avec des gros moyens, des camions, des tentes. Pourquoi aujourd'hui? Dans la vie quotidienne on ne les voit pas", dénonce Ali, le président d'une association locale.

"La parole publique a peu de valeurs ici"

Dans la cité, les jeunes préfèrent tout simplement ne pas débattre de la situation. Pour Noah, 19 ans, il y a d'autres priorité: "C'est un sujet parmi tant d'autres, il y a des choses plus importantes que ça: le travail, m'en sortir ou faire d'autres choses. Comme une personne normale".

"Dans ces quartiers, on a une concentration de ce qui se fait de pire en matière d'habitation. Vous avez peu de mixité sociale, beaucoup de chômage et les seuls contacts avec les services d'Etat c'est la police et la poste", explique Amine, interne en médecine qui a grandi dans les quartiers nord. "Il y a une vraie défiance envers le gouvernement et la parole publique a peu de valeurs ici", ajoute-t-il, favorisant les gens à se tourner vers d'autres paroles.

Pourtant, l'accès à la vaccination est rendu facile, avec un centre dédié proche du quartier: "Il aurait fallu s'appuyer plus vers les médecins généralistes et les acteurs locaux pour encourager à la vaccination", conclu Amine.

Conséquence, certaines associations locales se déplacent directement au pied des tours pour vacciner la population.

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Romain Poisot (avec Guillaume Dussourt)