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"Je travaille avec la boule au ventre": la détresse d'une médecin généraliste qui "dévisse"

Les médecins généralistes dénoncent au travers d'un mouvement de grève des conditions de travail qui ne leur permettent pas de faire leur métier correctement, et réclament une hausse du tarif des consultations. RMC a recueuilli le témoignage de Sophie, une médecin qui jette l'éponge à cause d'un train de vie impossible à tenir.

Les médecins généralistes toujours en colère. Le collectif "Médecins pour demain" a appelé ce jeudi à une manifestation à Paris après un mouvement de grève démarré le 26 décembre. Ils seront reçus au ministère de la Santé avec trois syndicats. Le ministre François Braun a d'ailleurs annoncé sur France 2 ce jeudi matin que le prix minimal de la consultation pourrait augmenter, mais pas doubler comme le réclament les médecins mobilisés.

Car ces derniers sont très nombreux à souffrir et perdre leur vocation. Epuisés, certains "déplaquent" ou "dévissent". Ils abandonnent leur cabinet et enlèvent leur plaque. Nous sommes allés à la rencontré de l’une d’entre eux, en Nouvelle-Aquitaine. Elle quitte son cabinet, après huit ans d’installation.

"On a beau se débattre, à un moment donné, on n’y arrive plus", confie-t-elle.

Sa voix tremble, mais Sophie raconte deux ans de souffrance, des kilos perdus, des crises d’angoisse, des semaines sans dimanche… Comme un long tunnel. "C’est aller travailler avec la boule au ventre le matin, parce qu‘on sait quand commence notre journée, mais pas quand elle se termine. Savoir que quand on va rentrer le soir, nos enfants sont couchés, et qu’on ne les voit pas grandir..."

"Peur de passer à côté de quelque chose parce qu’on est obligé d’enchainer les patients"

En arrêt depuis deux semaines, la quadragénaire n’exercera plus en cabinet. Ses enfants sautent de joie. Elle, s'attarde sur le temps médical, pollué par l’administratif selon elle.

"On ne peut plus faire son métier comme on l’entend. On a peur de l’erreur médicale et de ne pas prendre en charge nos patients correctement, de passer à côté de quelque chose parce qu’on est obligé d’enchainer les patients malgré nous", décrit-elle.

"Il y avait quelque chose qui était en train de la manger de l’intérieur", confirme Jacques, son associé, qui a la cinquantaine et la désillusion à fleur de peau.

"C'est un des soldats qui tombe au front. On perd des confrères jeunes et nous on se dit: 'Mais comment va-t-on va tenir jusqu’au bout ?' Je vais partir en ayant perdu ma vocation", anticipe-t-il.

Le généraliste se fige, ses larmes montent: "On ne remplacera pas Sophie", souffle-t-il. Sa plaque sera bientôt dévissée. Elle reprendra une activité, mais comme salariée.

Marion Gauthier (édité par J.A.)