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Karen, atteinte d'un cancer: "mon employeur m'a licencié quand il a su que j'étais malade"

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A l'occasion de la Journée mondiale du cancer, RMC a recueilli le témoignage d'une ancienne malade du cancer, qui a été licenciée après avoir déclaré sa maladie à son employeur. Elle travaille maintenant pour l'association, Cancer@Work, qui milite pour la création d'un statut qui permette au malade de continuer à travailler à temps partiel tout en suivant son traitement.

C'est aujourd'hui, samedi 4 février, la journée internationale contre le cancer. Chaque jour, 1.000 personnes apprennent qu'elles sont atteintes de cette maladie en France, selon l'Institut national du Cancer (14 millions de nouveaux cas chaque année dans le monde, un chiffre qui devrait bondir de 70% au cours des 20 prochaines années, selon l'Organisation mondiale de la santé). Près de 150.000 malades sont décédés des suites de cette maladie en France, en 2015. Trois millions de personnes ont survécu à la maladie, la même année.

Mais si la médecine évolue en ce qui concerne le traitement des malades, c'est toujours compliqué sur le plan professionnel. Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), trois mois après l’annonce de la maladie, seulement 24 % des malades travaillent encore. Les personnes touchées par le cancer ont 77% de chance de conserver leur emploi les deux années suivantes, contre 90% pour les personnes saines (chiffres de 2012).

"Dans le monde du travail, la maladie n'existe pas"

Cette difficulté à conserver son emploi quand on est atteint d'un cancer, Karen, l'a vécue. Elle avait 27 ans quand on lui a diagnostiqué un cancer de l'utérus. Entre rémissions et rechutes, cette vendeuse basée à Limoges a lutté trois ans contre la maladie. Sans le soutien de son employeur, selon elle. "Ma direction m'a proposé un poste en région parisienne alors que j'étais seule pour élever mon enfant. Ils savaient que j'allais refuser et ils m'ont licencié pour inaptitude médicale", dénonce-t-elle sur RMC.

Karen gère aujourd'hui la hotline de l'association Cancer@Work. Cette association créée en 2013, œuvre justement pour améliorer les relations entre malades et employeurs. Une bénédiction pour Karen: "ça m'a permis de reprendre le travail en douceur et de savoir que j'allais avoir un salaire complet". A partir de sa propre expérience, elle répond aux questions de personnes atteintes d'un cancer qui se sentent souvent livrées à elles-mêmes.

"Le cancer, et la maladie plus globalement, n'existe pas dans le monde du travail, se désole Anne-Sophie Tuzinski, fondatrice de Cancer@Work. Pour les employeurs, quand on est malade on est en arrêt maladie, et quand on revient au travail, ça veut forcément dire qu'on est guéri".

Pour protéger les salariés, l'association milite pour l'instauration d'un statut qui permette au malade de continuer à travailler à temps partiel tout en suivant son traitement.

P. Gril avec Julien Chehida