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Le protoxyde d'azote interdit à la vente aux mineurs

Ces capsules de protoxyde d’azote qui jonchent les trottoirs ont un franc succès auprès d’un public toujours plus jeune.

Le protoxyde d’azote est usuellement utilisé pour faire de la crème chantilly. Mais ces dernières années, l'usage détourné et récréatif de ce gaz a connu un succès de plus en plus important chez les jeunes.

En quelques clics sur internet, Antoine, 20 ans, étudiant en médecine commande sur un site de cuisine des capsules de protoxyde d’azote pour lui et ses amis.

“La, il y avait 360 cartouches et j’en ai eu pour 126 euros. C’est une commande classique, c’est comme si j’achetais un téléphone, tout le monde peut en acheter”, assure-t-il.

À raison de deux à trois fois par semaine, cet usage dérivé de “protos” comme il dit est devenu une habitude festive. “On craque dans un ballon, on respire et ça nous fait partir, ça nous fait rire et voilà”, détaille le jeune homme.

Des risques surtout neurologiques

Et pourtant, les intoxications sont plus nombreuses chaque année. Le docteur Nicolas Prisse est président de la mission de lutte contre les drogues.

“Il y a des risques immédiats avec des brûlures, des malaises… En fonction de la quantité qu’on prend, on peut avoir des séquelles de nature psychiatrique, cardiaque et surtout neurologique”, assure-t-il.

Alors pour lutter contre ce fléau, l'Assemblée nationale a adopté jeudi un texte visant à lutter contre l'usage détourné de produits courants, interdisant en particulier la vente aux mineurs de protoxyde d'azote, un gaz aux effets euphorisants lourd de risques pour la santé.

Une proposition de loi en ce sens émanant de la sénatrice Valérie Létard a été adoptée à l'unanimité en première lecture par les députés, dans le cadre d'une journée réservée à des textes présentés par le groupe d'opposition de centre droit UDI.

1500 euros d'amende

La rapporteure Valérie Six s'est réjouie d'un "grand pas vers la protection de nos jeunes contre un produit qui, détourné de son usage, peut entraîner des conséquences lourdes". "L'équilibre du texte tient entre la nécessité de prévenir un danger de santé publique et l'impossibilité d'interdire strictement un produit de consommation courante", a ajouté la députée UDI.

Le texte, déjà voté fin 2019 à l'unanimité au Sénat, visait à l'origine le seul protoxyde d'azote, ou "gaz hilarant", mais a été élargi à "la lutte contre les usages détournés et dangereux" de produits de consommation courante par les jeunes.

Il prévoit de punir de 15.000 euros d'amende "le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné d'un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs, même non suivi d'effet".

Mahauld Becker-Granier avec Guillaume Descours