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Manifestations anti-vaccin et anti-pass sanitaire: près de 19.000 personnes à travers la France, des débats vifs et quelques incidents

REPORTAGE RMC - Les manifestants protestent après les déclarations du président lundi soir, qui a annoncé la mise en place d'une obligation de se faire vacciner pour les soignants et d'autres professions, ainsi que l'extension massive du pass sanitaire à la plupart des lieux publics.

"Contre la dictature", "contre le pass sanitaire", pouvait-on entendre dans les rangs de la manifestation. Alors que la France célébrait mercredi sa fête nationale du 14 juillet, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le pays au nom de la "liberté" pour protester contre les annonces d'Emmanuel Macron sur le pass sanitaire, la vaccination et la "dictature".

Dans certaines villes comme à Toulouse, les mobilisations ont commencé dans la matinée, au moment où se tenait le défilé militaire sur la célèbre avenue des Champs-Elysées, sous le regard du chef de l'Etat qui présidait ces festivités pour la dernière fois de son quinquennat. Les manifestants protestent après les déclarations du président lundi soir, qui a annoncé la mise en place d'une obligation de se faire vacciner pour les soignants et d'autres professions, ainsi que l'extension massive du pass sanitaire à la plupart des lieux publics.

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Selon l'avant-projet de loi, l'exploitant d'un lieu qui manquerait aux futures obligations de contrôle du pass sanitaire sera passible d'une amende allant jusqu'à 45.000 euros et un an de prison. Le texte crée par ailleurs un nouveau motif de licenciement et élargit à toute personne contaminée les mesures de placement à l'isolement pendant dix jours.

Sur le Vieux-Port, à Marseille, dans la foule compacte, Coralie, aide à domicile, devrait se faire vacciner mais elle a fait son choix: "Je suis obligée de me faire vacciner avant le 15 septembre. Mais je vais démissionner! Je vais me battre jusqu'au bout. On est libres de notre corps, libres de nos choix!" dénonce-t-elle au micro de RMC.

Même incompréhension, à Montpellier dans l'esprit de Flavie, venue manifester. Aux cris de "Liberté, liberté!", la jeune femme estime qu'obliger les gens à se protéger du virus est un peu abstrait.

"Je n'ai pas attrapé le Covid. A aucun moment, en un an. Pourquoi, là, je devrai être vaccinée? En sachant que même vacciner, on peut être porteur... Je ne comprends pas". 

A Paris, sous sa pancarte, "Oui à la vie, non au pass sanitaire", Monique, professeur à la retraite, vient défendre des valeurs. 

"Je me bats jusqu'au bout pour les droits de l'Homme dans mon propre pays. On n'est plus dans un état de droit, je veux qu'on respecte la liberté de chacun. Je crois que c'est le pays le pire en ce moment" lâche-t-elle.

"A un moment, il faut arrêter de râler"

En bordure de cortège, l'indignation laisse place parfois à des discussions spontanées entre pro et anti-pass sanitaires autour de connaissances scientifiques. Et puis, il y a ceux qui se tiennent à l'écart, comme Oscar et Grégoire qui regardent ce défilé d'un air médusé.

"C'est vraiment ridicule. Il faut que l'on arrête avec cette crise, c'est bon, c'est insupportable. Il faut le pass sanitaire" explique l'un. Quand l'autre ajoute: "A un moment, il faut arrêter de râler. Il faut un vaccin, ça prend 5 minutes, il y a beaucoup de doses, toute la Nation a travaillé pour ça. Il faut arrêter de cracher sur le travail des gens".

A Paris, plusieurs cortèges ont réuni quelque 2.000 personnes, notamment au départ de République et de la place de Clichy. En fin d'après-midi, sur le boulevard Magenta, quelques jets de projectile ont été lancés et des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l'ordre.

Le parcours déclaré n'a pas été respecté, a regretté la préfecture de police dans un tweet, déplorant des "jets de projectiles" et des "feux de poubelles".

D'autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de France. 

Selon la police, à 17h, environ 18.000 personnes ont été recensées, dont 1.500 à Toulouse et 1.000 à Lyon où des tensions ont eu lieu dans le centre-ville. A Lille, environ 300 personnes se sont rassemblées dans l'après-midi, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Liberté, liberté", "Non à la vaccination obligatoire", "on n'est pas des cobayes", scandait la foule, parmi laquelle quelques blouses blanches, une poignée de "gilets jaunes".

A Bordeaux, plusieurs centaines de personnes ont pris part à un rassemblement en centre-ville puis à un défilé. A Nantes , la manifestation a rassemblé quelque 800 personnes, selon la préfecture et à Rouen plus de 700. A Strasbourg, 500 personnes, selon la préfecture, ont manifesté dans le centre-ville. "Nous sommes ici pour défendre nos libertés" et "nos droits", a déclaré dans un mégaphone l'une des manifestantes.

Un groupe d'opposants à la vaccination a forcé mercredi le portail de la préfecture de Haute-Savoie à Annecy, sans commettre d'autres dégradations. Ce groupe, composé de 150 à 200 personnes, est resté dans la cour du bâtiment pendant environ une heure et demie, sans chercher à pénétrer à l'intérieur.

ls ont quitté les lieux d'eux-mêmes sans intervention des forces de l'ordre, a ajouté la préfecture, en précisant que ce rassemblement n'avait pas été déclaré.

Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a condamné "avec la plus grande fermeté" cette intrusion. Il a apporté son "soutien total aux agents de l'Etat qui ont agi avec sang froid".

Alfred Aurenche, Lionel Dian et Martin Cadoret