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Pourquoi le vaccin AstraZeneca se retrouve (encore) au coeur de polémiques?

"Expliquez-nous" - Le vaccin Astrazeneca se retrouve au cœur de deux polémiques. De nouveaux retards de livraisons ont été annoncés ce week-end. Et en même temps,  six  pays ont suspendu son utilisation à cause de possibles effets secondaires.

C’est une situation très contradictoire. Alors que certains doutent du vaccin Astrazeneca, d’autres protestent parce qu’ils n’en reçoivent pas assez. Ceux qui doutent de la sécurité de ce vaccin sont de plus en plus nombreux. Dimanche soir tard, les Pays-Bas ont annoncé qu’ils suspendaient l'utilisation des vaccins Astrazeneca jusqu’au 28 mars par principe de précaution. La même décision avait été prise un peu plus tôt dimanche par l’Irlande, qui avait suivi, le Danemark, la Norvège, l'Islande et la Bulgarie.

Est-ce que des effets secondaires graves ont été constatés dans tous ces pays ?

Ces pays se réfèrent tous à la décision prise jeudi dernier par le Danemark. L’agence nationale de santé danoise a suspendu les vaccinations avec AstraZeneca après avoir reçu des rapports de cas graves de formation de caillots sanguins chez des personnes vaccinées. L’agence danoise précise qu'à l'heure actuelle, on ne peut pas conclure à un lien entre le vaccin et ces caillots sanguins, mais dans le doute et par précaution, le pays a décidé d’une pause. Suivi donc par six autres pays européens qui ont adopté ce même principe de précaution.

Mais la France fait partie des pays qui pour l’instant ne veulent pas interrompre la vaccination avec ce produit. Dimanche soir, le Premier ministre, Jean Castex, a dit qu'à ce stade, il faut continuer à faire confiance et à se faire vacciner. La France se range à l’avis de l’OMS et de l’agence européenne du médicament. Cette agence fait état de 30 cas de trouble de la coagulation pour cinq millions de personnes vaccinées en Europe. Soit un taux qui n’est pas supérieur à ce que l’on constate dans la population non-vaccinée. L’agence estime qu’il n’y a pas lieu de suspendre les vaccination et c’est aussi la position de la France.

En revanche, elle fait partie des pays qui protestent contre les retards de livraison d’Astrazeneca. C’est ce qu’a dit la secrétaire d'État à l’Industrie Agnès Pannier Runacher. En colère, parce qu’Astrazeneca a encore annoncé samedi de nouveaux retards. Au second trimestre, l’Europe attendait 180 millions de doses, il n’y en aura que 70 millions. Pour la France, cela veut dire que l’on recevra 16 millions et demi de doses de moins que ce qui était prévu d’ici le mois de juin.

Comment explique-t-on ces retards ? Dans le contrat signé avec l’Union européenne, il était prévu qu’AstraZeneca produirait ses vaccins dans deux usines en Europe, deux au Royaume-Uni, et une cinquième, aux Etats-Unis, en cas de problème.

Une usine européenne qui ne produit pas pour l'Europe

Mais cela ne se passe pas du tout comme cela. Les Américains ont interdit que l’usine de Baltimore exporte des doses vers l'Europe. Les Américains n'ont pas encore approuvé le vaccin AstraZeneca. Ils ne l'utilisent pas. Mais ils refusent tout de même que les doses sortent des Etats-Unis.

L'Europe a soupçonné l'Angleterre d’avoir fait pareil. De s'être opposée à ce que les doses produites en Angleterre soient envoyées sur le continent. Les Anglais ont juré que c’était faux. Et de fait, il n’y pas eu une interdiction formelle d’exportation. Sauf que combien de doses produites dans les deux usines anglaises nous sont parvenues ? Zéro. Les Anglais ont gardé toutes les doses fabriquées chez eux.

Reste donc les deux usines qui sont en Europe. Une en Belgique, une aux Pays-Bas. Sauf que le Financial Time a révélé ce week-end que l’usine hollandaise ne travaillait pas pour les pays européens. Sa production est entièrement exportée, vers l'Angleterre principalement.

Pourquoi ces vaccins produits aux Pays-Bas ne sont pas réservés aux Européens ?

Pour une raison simple et administrative. L’usine néerlandaise n’a pas reçu l'agrément européen qui lui permettrait de distribuer ses vaccins dans l’Union européenne. Elle ne l’a pas reçu parce qu’elle ne l’a pas demandé et parce qu’elle n’a pas fourni les informations nécessaires.

AstraZeneca n’est visiblement pas pressé d’honorer les contrats passés avec l'Europe. L’Europe qui va sans doute finir par se fâcher et le faire savoir au PDG de l'entreprise qui en l'occurrence est un Français, Pascal Soriot.

Nicolas Poincaré