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Présidentielle: comment votre cerveau impacte votre vote

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A la veille du premier tour de l'élection présidentielle, Philippe Damier, professeur de neurologie au CHU de Nantes, explique à RMC.fr en quoi la prise de décision est une fonction essentielle du cerveau et en quoi les émotions, parties prenantes du processus de décision, peuvent "impacter la rationalité de votre choix et donc de votre vote".

Philippe Damier, professeur de neurologie au CHU de Nantes:

"Il a été démontré que la manière d'analyser de façon cérébrale les candidats est variable selon qu'il s'agit du candidat que l'on soutient ou non. Plus précisément, lors d'une étude menée aux Etats-Unis au moment de l'élection présidentielle de 2004, un petit film a été montré à des électeurs démocrates et à des électeurs républicains. Dans ce film, on leur montrait le candidat qu’ils soutiennent en train de se contredire, ou le candidat qu’ils ne soutiennent pas en train de se contredire.

Il a été constaté que quand il s'agit d'un candidat que l'on ne soutient pas, par exemple quand on est démocrate et que l'on voit le candidat républicain se mettre en contradiction, le cerveau détecte un conflit entre les deux propos et analyse de façon rationnelle cette contradiction. En revanche, quand il s'agit du candidat que l'on soutient, comme une dimension émotionnelle entre en jeu le cerveau détecte bien la contradiction, le conflit entre les deux propos opposés mais allume des zones plus impliquées dans la gestion de l'émotion. Il est donc beaucoup moins critique ce qui fait que l'électeur va nier la contradiction évidente ou essayer de la justifier.

"L'attentat sur les Champs-Elysées peut avoir des conséquences sur notre vote"

On voit donc bien que, selon la situation, on va avoir une analyse objective de ce que dit le candidat et apprécier sa contradiction. Mais si l'on est dans l'affectif, parce que c'est le candidat que l'on soutient, le cerveau n'est pas complètement objectif dans son analyse. Comme les émotions ont un impact sur notre prise de décision, l'attentat sur les Champs-Elysées peut avoir des conséquences sur notre vote de dimanche. Quelqu'un de très sensible va déclencher ces systèmes émotionnels et peut avoir une décision qui va être en quelque sorte irrationnelle. L'émotion aura pris trop de poids par rapport au raisonnement rationnel qu'il aurait fait. A tel point que cela peut changer son vote.

Mais, dans une élection, je ne pense pas que beaucoup de nos choix soient vraiment rationnels. Les gens sont beaucoup dans l'émotionnel justement et ne prennent pas forcément le temps d'analyser dans le détail et de comparer les propositions des différents candidats. Ils aiment plutôt untel ou untel en raison de son langage, de la forme de son visage, la manière dont il s'habille… On est donc souvent dans une décision qui repose plus sur l'émotionnel que sur le rationnel. Et les candidats le savent très bien et en jouent. Les émotions peuvent donc impacter la rationalité de votre choix et donc de votre vote."

Propos recueillis par Maxime Ricard