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Canada: qu'est-ce que le Convoi de la liberté, des routiers antivax qui bloquent le centre d'Ottawa?

Les routiers canadiens sont obligés d'être vaccinés pour franchir la frontière entre les Etats-Unis et le Canada depuis mi-janvier. Une obligation vaccinale qui a fortement contrarié certains antivax, qui ont décidé de se rassembler pour exprimer leur colère. La manifestation est partie de l'Ouest pour arriver jusqu'à la capitale Ottawa, où les manifestants occupent le centre de la ville depuis trois jours.

Depuis trois jours, des routiers en colère occupent le centre d’Ottawa, la capitale du Canada. Ils protestent contre l’obligation vaccinale et c’est une impressionnante démonstration de force. C’est sans doute une des plus fortes mobilisations des antivax dans le monde. Tout a commencé à la mi-janvier lorsque les Etats-Unis et le Canada ont imposé le vaccin pour franchir leur frontière terrestre. Les routiers non vaccinés se sont mobilisés, d’abord dans l’ouest du pays, et ils ont décidé de se rendre vers la capitale fédérale à plus de 4.000 kilomètres. Le convoi a roulé pendant une semaine, grossissant régulièrement jusqu’à atteindre une vingtaine de kilomètres de long avec au fur et à mesure de plus en plus de monde au bord des routes ou sur les ponts pour applaudir ce que l’on a appelé le "Convoi de la liberté".

Samedi, finalement, les routiers sont arrivés à Ottawa et ils ont occupé le quartier du Parlement, rejoints par des manifestants venus de tout le pays. Dimanche, ils sont restés. Et lundi aussi, en majorité. Les routiers ont encore dormi dans leur cabine, visiblement décidés à inscrire leur mouvement dans la durée. Malgré des températures de moins 30 degrés.

Ce week-end, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a même dû être mis à l'abri. Samedi, avec sa famille, le Premier ministre a été conduit dans un endroit tenu secret parce qu’une partie des manifestants se sont montrés violents, et parce que Justin Trudeau est détesté par les opposants aux vaccins. Il faut dire que c’est un des chefs de gouvernement les plus déterminés à imposer la vaccination à ses concitoyens. Il a envisagé de cesser de payer les indemnités aux chômeurs qui ont perdu leur emploi par refus de la vaccination. Il avait aussi traité les antivax de “misogynes” et de “racistes”.

Les services de sécurité canadiens ont donc préféré l'exfiltrer ce week-end, ce qui a fait naître la rumeur que Justin Trudeau était en fuite, voire qu’il avait quitté le pays. Ce qui n’était pas le cas puisque lundi, le Premier ministre est réapparu.

Il a tenu un point de presse lundi matin pour annoncer plusieurs choses. D’abord qu’il avait le Covid, bien que vacciné trois fois. Il est positif tout comme deux de ses enfants. Ensuite, il a annoncé qu’il ne se laisserait pas intimider par le mouvement des routiers, qu’il qualifie de petite minorité bruyante, à qui il reproche d’insulter la vérité, mais qu’il accuse surtout de nouveau d'être racistes, et violents. Il a également mis en évidence les débordements de certains manifestants comme l’utilisation de symboles racistes et notamment un drapeau nazi.

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Pourquoi ces attaques ?

Une partie des routiers et des antivax canadiens sont racistes. Leur leader, Patrick King, parle beaucoup du grand remplacement et du “génocide” des blancs. A Ottawa, un centre de distribution d’aide alimentaire pour les immigrés a été attaqué par des camionneurs. Lors de la manifestation de samedi, la correspondante du “Monde”, Hélène Jouant, a constaté la présence de drapeaux représentants des croix gammées, des drapeaux des confédérés américain et des emblèmes des suprémacistes blancs.

Une foule qui faisait penser à celle qui avait envahi le capitole à Washington en janvier 2021 pour contester la défaite de Donald Trump. D'ailleurs, Donald Trump a envoyé un message de soutien aux manifestants canadiens. Ces manifestants qui, bien sûr, ne sont pas tous des racistes. Ils sont surtout très forts sur les réseaux sociaux, avec sur Facebook des pages qui rassemblent plusieurs centaines de milliers de fans. Et pas qu’au Canada, faisant d’Ottawa actuellement la capitale mondiale de la contestation vaccinale.

Le Canada avait déjà connu de violentes manifestations contre la vaccination, il y a très longtemps. C’était en 1885, après une épidémie de variole qui avait fait 3.000 morts. Les autorités de Montréal avaient imposé une vaccination obligatoire et une partie de la population avait refusé. C'étaient plutôt les pauvres et les francophones. Des manifestants violents avaient cassé les pharmacies et attaqué les sièges des journaux accusés de désinformer. C’était il y a 137 ans, les choses n’ont pas tellement changé.

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Nicolas Poincaré