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Seize heures de retard, la nuit dans un train: la "galère incroyable" du Paris-Clermont

Le train Paris-Clermont, parti mardi soir, a fini par arriver avec 16 heures de retard. Manque de communication, chaleur, conditions difficiles… Au micro de RMC, plusieurs voyageurs racontent cette nuit de galère.

Il est 15h, ce mercredi, à la gare de Clermont-Ferrand. Des voyageurs arrivent dans un train en provenance de Paris… avec seize heures de retard ! La fin d’un long cauchemar, passé en grande partie sur les rails, en pleine canicule. Le train 5983 devait partir de la gare de Paris-Bercy la veille à 18h57. Après un premier retard de deux heures au départ, il a été bloqué à Montargis vers 22h par une rupture de caténaire. La SNCF a fait revenir les voyageurs à Paris à 1h du matin. Et les a fait dormir dans une rame de TGV, gare de Lyon. Avant de les faire repartir à 7h en direction de Clermont. "C’était une galère incroyable, ça ne s’arrêtait jamais", raconte l’un des voyageurs, Mario, au micro de RMC.

"Dans le premier wagon, la clim ne fonctionnait pas, c’était intenable, explique Terence, qui a vu des personnes en souffrance. Il y a une nana qui a été évacuée alors que le train n’était pas encore parti. J’ai assisté à un autre malaise, un gamin qui a eu des nausées, qui a vomi. On était dans des conditions très pesantes. Ce n’était pas agréable. Il y avait des enfants, des échanges scolaires. Il y avait une femme avec un bébé, une femme enceinte, une gamine de 12 ans qui voyageait seule…"

A Montargis, le soir, sur le quai et dans les voitures, c’est un sentiment d’abandon qui a parcouru les voyageurs. "On n’avait aucune info, confirme Mario. Ils ont laissé les gens sortir sur le quai. Et ils ont annoncé sur le quai qu’il y avait un train qui allait repartir pour Paris. Mais ils ne l’ont pas annoncé dans le train, donc il y a peut-être 20% des gens qui l’ont entendu. Il y en a qui sont partis en courant."

"Ils nous ont lâchés devant le TGV"

Papa de Mathieu (15 ans), qui était dans le train, Julien s’est forcément inquiété: "J’ai appelé le commissariat de Montargis en disant que mon fils était tout seul sur le quai de la gare. Je leur ai dit qu’il fallait qu’ils aillent le chercher, qu’ils le gardent au commissariat, pour que je fasse l’aller-retour dans la nuit, avec 3h de route à l’aller et autant au retour. Ils m’ont dit qu’ils étaient en sous-effectif et que c’était compliqué pour eux, donc j’ai fait un peu le forcing et ils m’ont dit qu’ils allaient aller le chercher. Entre-temps, mon fils m’a rappelé, il a trouvé une dame qui a été super et restée avec lui jusqu’au bout. A 23h30, l’idée était de retourner à Paris. J’ai su après qu’ils allaient passer la nuit dans le train. Ce n’était pas une perspective enthousiasmante mais au moins, je savais qu’il allait passer la nuit à l’abri, entouré de personnes".

De retour à Paris, les voyageurs qui n’avaient pas la possibilité d’avoir un hébergement ont été invités à s’installer dans un TGV pour passer la nuit. "Ils nous ont lâchés devant le TGV qui était mis à notre disposition. Les gens se sont installés. Il y en a qui dormaient par terre. Moi, j’avais deux sièges. C’était la débrouille. La nuit, c’était catastrophique", résume Mario. Et au petit matin, encore une mauvaise surprise… "Il y a eu une annonce qui a dit que le train partirait de gare de Bercy et non de gare de Lyon, explique Mario. Là-bas, ils nous ont dit qu’il y avait un problème d’acheminement et qu’il fallait retourner à gare de Lyon." "On nous a dit qu’il y aurait 20 minutes de retard parce que les gens qui étaient à gare de Bercy n’avaient pas été prévenus", ajoute Terence, qui a passé la nuit chez un ami à Vincennes.

"C’est vraiment de l’amateurisme"

Pour ces voyageurs, le plus dur à vivre a été le manque de communication et d’accompagnement de la SNCF. "Les gens sont capables de comprendre que les agents sont débordés, que la ligne est vétuste, mais le manque de communication, c’est grave, souligne le papa de Mathieu. Je n’ai eu aucun officiel pour avoir des réponses à mes questions. Quand on appelle, on tombe sur des boites vocales, des répondeurs, des gens qui vous transfèrent à un autre service… C’est kafkaïen. On n’a jamais de réponse précise. Donc on râle sur les réseaux sociaux parce qu’on ne peut pas avoir de retour direct par la SNCF."

"A la gare de Lyon, on s’est dit que des gens allaient nous accueillir, explique Mario. Mais il n’y avait personne. Il y avait un seul mec, sans mégaphone, et il n’y avait aucune annonce au micro. C’est ce qui m’a énervé. C’est fou… Dans l’autre hall, des gens nous ont distribué une bouteille d’eau, un paquet repas et une couverture. Je me disais qu’il y aurait quelqu’un le matin pour nous aider et nous distribuer quelque chose, mais non, on était lâché dans la gare." Pour Julien, "c’est vraiment de l’amateurisme": "On paye un service. Il faut avoir un peu d’empathie pour les gens qui restent en plan, les personnes âgées. Il n’y a pas eu de personnel pour aller vers eux et les prendre en charge. Je trouve ça sidérant".

"On n’arrive pas à faire des trains qui fonctionnent"

Au cœur de cette galère, l’ambiance n’a heureusement pas dégénéré entre les voyageurs. "Mon fils m’a dit que les gens étaient assez calmes et compréhensifs. D’après lui, il n’y avait pas trop d’agacement, ce qui m’étonne", confie le papa de Mathieu. "Les gens se sont serrés les coudes, ont aidé à porter les valises, confirme Mario. Entre passagers, c’était bien. A 1h30, il y a les esprits qui se sont échauffés entre deux, trois personnes, mais ça s’est vite calmé. Au bout d’un moment, les gens s’affolent et pètent les plombs. Il y avait des gens âgés. Il aurait pu se passer des choses plus graves." Après d’autres retards le mercredi, le train a fini par arriver en Auvergne.

Les voyageurs attendent désormais un dédommagement. Surtout que les ennuis sont réguliers sur cette ligne… "On n’arrive pas à faire des trains qui fonctionnent, c’est quand même incroyable, souffle Terence. On fait Paris-Lyon en TGV en deux heures et on peine à faire Paris-Clermont en 3h-3h30. Ce sont des trains extrêmement vieux. Ce qui m’a énormément choqué, c’est qu’il n’y ait pas de plan B. La prise en charge a été très pauvre, il y a eu très peu de communication. Il y a un énorme travail de fond à faire."

Laurent Picat avec Aymeric Dantreuille