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Usagère du RER B, elle dénonce sur Twitter un moyen de transport digne d'une "bétaillère"

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Après une chute de caténaire, le RER B est interrompu depuis mardi et jusqu’en fin d’après-midi mercredi. Lucie, 31 ans, raconte chaque jour sur Twitter l'immense galère pour les usagers qu'est devenue cette ligne. Et malgré tout, souvent avec humour.

Lucie, 31 ans, chargée de communication

"Je prends le RER B d’Orsay jusqu’à Laplace, donc normalement je suis plutôt chanceuse parce que le temps de trajet n’est pas trop long. Mais à partir d’Orsay il n’y a plus de places assises, c’est compacté. Je pense aux personnes âgées, aux femmes avec des enfants… C’est la bétaillère, il n’y a pas d’autre mot.

Mais bon, on est habitué. C’est pratiquement tous les jours. Les statistiques de la RATP ne reflètent pas la réalité, de par la façon dont c’est calculé. Les voyageurs sont assez en colère, ça fait un moment que ça dure. Mi-novembre, Valérie Pécresse s’est félicitée de la forte régularité du RER B. Bon, c’est tout à fait faux.

Il y a des usagers qui se regroupent et qui combinent leurs données, et on voit qu’en novembre, il y a 85% de jours à problème, ce qui relativise les statistiques. On voit aussi que le dernier accident de caténaire remonte au 21 novembre. Vous voyez, c’est assez récent. Il y a un gros souci dans la communication, entre ce que vivent les usagers et même les conducteurs, et la direction. Il y a un fossé qui se creuse.

J’ai changé récemment de travail à cause du RER B. J’avais une heure de trajet. Concrètement, c’est prévoir 20 minutes le matin de temps de trajet en plus. Et le soir rebelote, prévoir 20 minutes de retard. Quand on fait garder ses enfants, si on n’est pas là, on les dépose au commissariat? Cela a un impact lourd, et ça ne va pas s’améliorer, vu les constructions immobilières le long du RER B.

"Les touristes ont dû descendre avec les valises sur le ballast"

Les gens sont blasés, énervés. On prend le RER B parce qu’on est bien obligé. C’est le transport par défaut, c’est une corvée. Je pense aussi aux touristes. Mardi, ils ont dû descendre avec les valises sur le ballast. Bienvenue en France! On dit 'c’est Pécresse, c’est machin', non ça remonte à un manque d’investissement sur plusieurs années.

Sur Twitter, on faisait le travail du RER B en disant où étaient les incidents. Ils ne sont jamais relayés par le compte officiel du RER B. On a droit à des tweets automatiques à 3h du matin pour dire que le trafic est rétabli. Après, dans la vie réelle, il peut y avoir des échanges, mais souvent les gens restent dans leur coin avec leur téléphone et leur casque, chacun dans son monde.

En rire, ça permet de relativiser. Je préfère ça parce que ça devient assez pitoyable. On ne sait plus quoi faire. On a l’impression qu’ils communiquent quand ça va pour eux, mais pas quand ça ne va pas pour nous. Là, il va probablement y avoir un article sur la chute de caténaire, mais c’est parce que c’est le gros truc. Les incidents quotidiens ne sont vraiment pas relayés, et nous on subit. La sensation d’être traité comme du bétail, elle vient de là.

La veille quand vous mettez une heure en plus pour rentrer et que le lendemain à 8h vous êtes accueilli par les contrôleurs… Certes ils font leur travail, mais ça énerve. Le manque d’investissement se fait ressentir sur le terrain. Aussi bien pour les usagers que pour les contrôleurs, les gens qui vendent des tickets, qui subissent les énervements alors qu’ils ne sont pas responsables. C’est du gâchis".

Propos recueillis par Antoine Maes