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Tech: chauffer son logement grâce à la chaleur des machines informatiques

Au moment où les coûts de l’énergie sont plus que jamais hauts, la tech peut nous permettre de trouver des méthodes originales et économiques pour chauffer son logement, notamment grâce au bitcoin.

Se chauffer grâce au bitcoin, c’est possible! Une expérience très intéressante est menée au Canada dans la ville de North Vancouver, 50 000 habitants. C’est la première ville à adopter le chauffage au bitcoin… Une centaine de logements et de bâtiments commerciaux sont désormais chauffés en ces froides journées d’hiver, grâce aux cryptomonnaies.

Le fait de miner du bitcoin est un processus gourmand en électricité et qui génère beaucoup de chaleur: ce sont des machines informatiques (cartes graphiques ou Asics) qui moulinent en permanence, réalisent des opérations de calcul complexes pour déverrouiller des fragments de bitcoin.

Rien ne se perd, tout se transforme

Ce processus crée une forte chaleur (exactement comme votre ordinateur quand il tourne à fond). Pourquoi, alors, ne pas la récupérer et l’utiliser? Les Canadiens ont fait appel à une startup qui s’appelle MintGreen qui a mis au point des "chaudières numériques": des appareils qui vont récupérer 96% de l’électricité utilisée par les machines de minage sous forme de chaleur avant de la redistribuer vers des réseaux de chauffage central pour le chauffage ou encore l’eau chaude.

Pour se faire, ils se sont alliés avec le distributeur d’énergie local. Ce chauffage coûte beaucoup moins qu’en utilisant des énergies plus classiques et peut même générer de l’argent. Il s’agit en vérité de l’utilisation à l’échelle collective d’une technique bien connue des mineurs de bitcoin: beaucoup utilisent déjà leur "rig", leur ferme de minage, comme source de chauffage, que ce soit à la maison ou pour chauffer une serre en hiver.

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Une idée possible en France?

Il existe des projets similaires en France. Une startup française, Wise Mining, propose la même chose au niveau individuel: une chaudière qu’on pourrait installer à la maison, qui minerait des bitcoins et vous permettrait de prendre des douches chaudes. En fait, la personne qui choisit ce dispositif serait payée pour se chauffer.

Cette technologie évoluera en fonction des changements de la réglementation sur les cryptos en Europe, qui restent assez restrictives, même si les Français en sont de plus en plus adeptes: 8% en ont déjà acheté. C’est plus que le pourcentage de Français qui détiennent des actions. Un chiffre assez logique dans un contexte d’inflation forte où le livret A à 1% ne suffit plus forcément.

D’autres projets dans le même esprit

Dans le même esprit, il y a des projets de "radiateurs ordinateurs". Équipés de processeurs informatiques, ils moulinent et permettent de chauffer la maison.

Il ne faut pas oublier non plus les projets de "smart grids", où la chaleur d’une ferme de serveurs informatiques va chauffer l’eau d’une piscine municipale, par exemple, ou chauffer des maisons, des bureaux. Rien ne se perd, tout se transforme.

Le bitcoin, vraiment un désastre écologique?

Il y a cette idée reçue que le bitcoin est un désastre écologique. Mais il consomme infiniment moins d’énergie et est moins polluante que l’industrie bancaire par exemple. Et puis la production elle-même est relativement vertueuse: aux Etats-Unis par exemple, leader mondial en termes de minage, les deux tiers du bitcoin sont générés à partir d’énergies renouvelables. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

Pas forcément par idéologie écologiste, mais par intérêt économique: toute l’industrie du minage repose sur le fait de trouver l’électricité la moins chère. Donc on va aller chercher notamment les surplus énergétiques, soit du gaz qui serait brûlé par les centrales (les torchères), soit parce qu’une énergie non pilotable (éolien, solaire…) est en surproduction à certains moments et génère une électricité dont on n’a pas besoin.

Par ailleurs, l’efficacité énergétique augmente, car les machines de mining sont de plus en plus performantes. Tout ça met du plomb dans l’aile à l’idée selon laquelle le minage de bitcoin serait une catastrophe écologique.

Anthony Morel (édité par MM)