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Une députée dénonce les pratiques de Cyril Hanouna: "Rire oui, se moquer pourquoi pas, humilier non"

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Marie-Anne Chapdelaine, députée socialiste d'Ille-et-Vilaine, a écrit le 13 novembre dernier à la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, pour dénoncer les agissements "déplorables" de l’animateur de C8, Cyril Hanouna, à une heure de grande écoute. Elle explique les raisons de son coup de gueule ce lundi à RMC.fr.

"On est en train de lutter contre le harcèlement sous toutes ces formes. Les puissances publiques, du gouvernement aux associations en passant par l'école, sont en train de lutter contre ce phénomène et contre le fait que l'on s'en prenne aux plus faibles. Et, au milieu de tout ça, il y a une émission de grande écoute (Touche pas à mon poste), où un animateur (Cyril Hanouna) prend plaisir à se moquer de manière dégradante d'un de ses collègues. Voilà ce qui explique mon coup de gueule. Si je pouvais résumer c'est: rire oui, parce qu'on en a tous besoin et surtout en ce moment, se moquer pourquoi pas quand c'est fait avec talent mais se moquer de manière dégradante non. Cela nuit à ce que l'on essaye d'enseigner aux enfants.

"Peut-être qu'il est temps de dire stop"

D'où mon coup de gueule à la ministre de la Culture et surtout de la Communication. Je lui ai manifesté ce pourquoi je n'étais pas d'accord et je lui demande de me faire connaître sa position. Il est en effet temps que l'on réalise que nos actes ne sont pas anodins. Je répète: rire, c'est bien; se moquer, pourquoi pas mais se moquer de la manière dont c'est fait dans cette émission, peut-être que l'on peut faire autrement. Peut-être qu'il est temps de dire stop, de dire que l'on ne peut pas tolérer, à une heure de grande écoute, quelque chose qui vienne en contradiction avec ce que la société fait, et notamment sur le thème du harcèlement.

A l'heure de diffusion de cette émission, il peut y avoir des esprits plus jeunes qui ne vont pas comprendre. On ne peut pas se moquer de tout. A un moment donné, même si ça peut être rigolo, il y a quand même des barrières. Je pense qu'il faut que nous prenions conscience de ce que tout ça induit. Mais mon coup de gueule n'est pas contre Cyril Hanouna. Mon coup de gueule est que, à des moments de grande audience, l'on puisse se moquer du plus faible, qu'il y ait des moqueries dégradantes et qui remettent en cause ce que l'on essaye de mettre en place au sein de l'Education nationale.

"La ministre ne m'a toujours pas répondu"

Je suis députée, citoyenne mais aussi quelqu'un qui regarde ça avec ses enfants. Et j'ai l'impression que par ce genre d'attitude, on éradique tout ce que l'on a pu faire au niveau éducatif, pédagogique. A un moment donné, il faut donc dire stop. Je veux que la ministre comprenne bien qu'il y a un vrai problème. Ces choses-là peuvent se discuter et j'aimerais bien que ma réaction viscérale soit débattue, que l'on se dise qu'il ne faut pas faire n'importe quoi. Mais, pour le moment, la ministre ne m'a toujours pas répondu.

Je ne sais pas si mon coup de gueule va faire changer les choses. Je pensais qu'il fallait que j'écrive mon courrier. Parce qu'à un moment donné on ne peut pas rester sans rien dire. C'est aussi ça le travail d'un élu politique: de dire ce qui ne va pas. On fait la loi mais on contrôle aussi l'action publique. Je ne suis absolument pas pour tout ce qui est coercition, je suis pour le dialogue. Je me dis que la ministre a des endroits où elle peut avoir les gens en direct et leur en parler".

Propos recueillis par Maxime Ricard