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Carburants: des stations avec des "comportements opportunistes" font flamber les prix

En pleine pénurie d'essence, certaines stations-service en profitent pour augmenter le prix. Et si le gouvernement assure traquer les profiteurs de la crise, il n'existerait pourtant aucun moyen légal de les empêcher d'augmenter les prix.

Des stations-service profitent-elles de la grève? C'est ce que semblent constater certains automobilistes, alors que les prix des pompes qui ont encore du carburant, ont explosé. Cette augmentation, Antoine Autier, responsable des études à l'UFC-Que Choisir, l'a constatée lui aussi.

"Les gens ne comprennent pas pourquoi, alors qu'on est censé avoir une ristourne, les prix sont extrêmement élevés", raconte-t-il ce mardi sur le plateau des "Grandes Gueules". "Il y a visiblement des comportements opportunistes", de la part de certaines stations-service et cela malgré la ristourne du gouvernement à la pompe, déplore Antoine Autier sur RMC et RMC Story.

"Cette fameuse ristourne, en réalité, rien n’oblige les distributeurs à l’appliquer. Quand ils achètent au grossiste, ils ont la ristourne de 30 centimes par litre mais ils ne sont pas contraints de la répercuter pour le consommateur. Dans un système de concurrence entre stations, il y a un intérêt à appliquer cette ristourne. Mais en cas de pénurie, il n’y a plus de règles. Vous voyez que votre concurrent n’a plus d’essence, rien ne vous empêche d’augmenter vos prix. Et l'Etat et les contribuables subventionnent les stations-service et n'ont pas la ristourne pour les consommateurs. C'est extrêmement problématique", précise-t-il.

"Il n'y a pas d'outils pour contrôler"

De son côté, le gouvernement assure veiller au respect des prix et traquer les profiteurs de la crise. "Certaines stations ont gonflé le prix de l'essence. Il y a des règles à respecter et ces règles sont respectées par des contrôles et si besoin des sanctions", a expliqué lundi Olivier Véran le porte-parole du gouvernement lors d'un point presse.

Pourtant, il n'existe pas vraiment d'obligation de prix, à en croire Antoine Autier: "Il n'y a pas d'outils pour contrôler, il y a toujours une liberté de fixer les prix". Pour y remédier, il plaide pour différentes mesures: "Soit on met en place un prix plafond que l'on applique partout en France, soit on impose un taux de marge ou une marge maximale aux distributeurs et on met des sanctions en place si on constate, via des contrôles, que cette marge est trop élevée".

Jusqu'à 3 euros le litre en Île-de-France

Selon l'UFC-Que Choisir, le prix explose, notamment en région parisienne, pour atteindre parfois 3 euros le litre. "Les arguments pour un tel prix, c'est que le carburant est importé de Belgique. Si on n'avait pas la ristourne, ce serait à 3,30 euros le litre", explique Antoine Autier.

Le docteur Jérôme Marty estime lui que l'exécutif se frotte les mains. "Le gouvernement en profite aussi de ces hausses, 60% sur 3 euros, c’est plus que 60% sur 1 euro. Il faudrait qu'on ait la décence de diminuer les taxes dans de telles périodes", estime-t-il.

Et la situation pourrait durer. "Il n'y a pas de mouvement à la baisse et la situation de pénurie fait qu’on peut encore assister à une augmentation des prix à la pompe alors que le prix du pétrole augmente. On n'a peut-être pas encore vu le bout du problème", prévient Antoine Autier, qui appelle de nouveau à une réglementation pour faire face à ces pratiques.

Guillaume Dussourt