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"On n'arrête pas de se serrer la ceinture": des Français se braquent face aux économies d'énergie

Les températures doivent redescendre après un temps estival. Mais l'exécutif et certaines instances appellent à ne pas trop augmenter le chauffage pour éviter une pénurie d'énergie. Avec la hausse des prix, beaucoup de Français ne peuvent déjà plus se chauffer.

Avec 21 degrés mardi à Lyon mais 7 degrés attendus en fin de semaine, beaucoup vont rallumer les radiateurs. "Avec un enfant en bas âge, c'est un peu obligé", assure un Lyonnais. "Je vais le rallumer un petit peu mais en étant raisonnable, pas comme en hiver", tempère une Lyonnaise.

Faire attention, se limiter, c'est parfois par choix: "On n'a pas besoin et on sait que si on le laisse, ça va nous coûter cher parce qu'il fait bon dehors", assure une passante. Parfois, c'est idéologique: "C'est idiot de gaspiller. On a appris à mettre plus de pulls", conseille une retraitée. Mais parfois, c'est aussi, par souci d’économie: "Je fais attention au prix que ça coûte, je suis au Smic, je ne peux pas consommer moins que ce que je suis prélevé, pour encore gagner sur les régulations", assure Maxime, 28 ans.

De leur côté, la Commission de régulation de l'énergie et GRDF alertent et lancent le même appel aux Français: il faut faire des économies d'énergie, pour ne pas risquer de pénurie l'hiver prochain. Au plus haut niveau aussi, on invite à faire des économies. Le 8 mars dernier, c'est Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, qui appelait les Français à "faire un effort".

"C'est plutôt à eux de faire des efforts sur les prix"

Alison et Giovanni eux, sont inquiets: la prochaine facture devrait être salée. Leur appartement est une passoire thermique, alors les efforts demandés par certaines instances passent mal auprès de ce jeune couple: "Il faut qu'ils arrêtent. C'est plutôt à eux de faire des efforts sur les prix", assurent-ils.

Certains n'ont pas attendu. Avec l'augmentation des prix du carburant et la hausse l'inflation, et malgré un salaire correct et un loyer moindre, Sébastien est obligé de vivre sans chauffage. "Je vis dans un HLM qui est une passoire thermique. Les bailleurs sociaux ne se prennent pas la tête à isoler les logements. Chez moi, le chauffage est tout le temps éteint, je ne l’allume que quand ma fille vient dormir chez moi", explique cet auditeur de RMC.

"Ça fait un moment que je fais ça quand on voit les prix. On nous dit qu’on n’arrête pas de nous protéger mais ma protection, c’est un plaid et un pull", assure-t-il.

"J'en ai marre qu'on m'infantilise"

"Je suis obligé de regarder tous les prix. Dès que je vais faire mes courses, je fais attention aux prix, je suis toujours à l’affût du moindre bon de réduction", ajoute-t-il. Alors, quand Sébastien entend Bruno Le Maire inviter à faire des efforts, il l'invite à son tour à venir chez lui: "C’est navrant d’entendre ça. Je l’invite à venir chez moi, qu’il prévoit un pull. Ils sont complètement déconnectés de la réalité, ils ne se rendent pas compte qu’en bas de l’échelle, on souffre".

Même son de cloche pour Julie, qui tacle les injonctions permanentes: "J'en ai marre qu'on m'infantilise et qu'on me dise ce qu'il faut faire chez moi", tacle-t-elle. "On n'arrête pas de se serrer la ceinture. Ça fait un mois et demi que j'ai coupé le chauffage dans ma chambre et celles de mes enfants, et pourtant j'ai reçu une grosse facture d'électricité", assure-t-elle.

Réduire sa consommation d'énergie va devenir indispensable pour faire des économies alors que presque tous les prix augmentent, mais aussi pour éviter une pénurie d'approvisionnement, prévient Naïma Idir, présidente de l'Association nationale des opérateurs détaillants en énergie: "Il faut que les consommateurs français s'habituent à réduire leur consommation avec des choses toutes bêtes comme éteindre les appareils en veille. Les Français vont devoir intégrer dans la durée ces réflexes et ces impératifs de sobriété énergétique".

Selon l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, baisser d’un degré ses radiateurs pourrait faire économiser jusqu'à 10% sur la facture des Français.

Vincent Chevalier et Guillaume Dussourt