RMC

Face au changement climatique, les stations de ski ont-elles un avenir?

Les premières stations de sport d'hiver ouvrent leurs portes ce week-end et certaines comme Val Thorens ou Val d'Isère démarrent la saison avec une semaine de retard. Avec le réchauffement climatique: est-ce encore viable de vivre du ski?

Face au changement climatique, les stratégies sont diverses chez les professionnels de la neige. La première, c'est la vision "jusqu'au boutiste", qui consiste à profiter de la poudreuse jusqu'au bout. La station de Valloire, en Savoie fait ce pari. Elle, a décidé de condamner ses pistes en-dessous de 2.000 mètres, pas assez enneigées, pour en ouvrir d'autre plus haut. Une sorte de course à l'altitude qui permettrait, selon les dirigeants de la station, de prolonger la durée de vie du ski alpin de 30 à 40 ans.

Pourtant, en montagne, plus qu'ailleurs, on se rend compte du changement climatique, et de la baisse de l'enneigement. Cette réalité, certaines stations l'ont prise en pleine figure. C'est le cas de La Plagne. La célèbre station a décidé de rétrécir son domaine skiable, devant le recul prolongé d'une partie de son glacier.

"Plutôt que de s'acharner à maintenir ces remontées mécaniques en état de marche à grand renfort de travaux, on a fait un choix de démonter deux télésièges et de réduire légèrement l'emprise du domaine skiable", explique Alexandre Bouet, directeur adjoint de la station.

Ainsi, 50 hectares seront "rendus à la nature, soit la zone de l'ancien glacier", à partir de hiver 2023/2024, selon lui. Une décision plus raisonnable que rentable justifie le directeur. Arrêter d'investir dans le "tout ski", et faire pareil avec moins. C'est cette vision "réaliste" que partage la plupart des stations.

Stations en danger

Mais "être réaliste", c'est aussi se dire qu'a terme des stations vont devoir fermer. Certaines en sont tout à fait conscientes et agissent déjà. Dans le Jura, la station de Métabié, situé à 1.400 mètres d'altitude a mené une étude et sait d'ores et déjà qu'à l'horizon 2035, elle ne pourra plus vivre du ski alpin. La station fait donc sa mue: "Ça peut se résumer en une transition d'une station de ski à une base de loisirs en montagne" explique Sylvain Philippe, son directeur.

"On développe d'autres activités non-météo dépendantes. On a construit une luge sur rail, on fait du VTT… Mais en aucun cas, ces activités ne pourront remplacer l'impact économique du ski alpin sur le territoire…"

Une réalité que certains prennent déjà de plein fouet. A Serre-Chevalier, l'ouverture est prévue le week-end prochain. "Mais étant donné les conditions d'enneigement, on se réserve le droit d'ouvrir le week-end suivant", explique dans la Matinale week-end de RMC, Gilles Perlier, président de l'office de tourisme de la station.

>>> Suivez RMC sur Google pour retrouver les dernières actualités

Un mois d'enneigement en moins depuis 1960

D'autres sont plus optimistes. Jean-Luc Boch, président de l'association des maires de montagne, constate de son côté une chute de l'enneigement uniquement en début de saison: "Pour l'instant, il y a de moins en moins de neige en tout début de saison. Mais on n'a pas inquiétude, la neige arrive."

"On est obligé de s'adapter au bouleversement climatique. On est prêts et on fonctionne avec". Il remarque "un décalage dans le temps": une saison hivernale qui commence plus tardivement, mais qui finit aussi plus tardivement qu'auparavant.

À terme, toutes les stations vont devoir se poser la question de cette transition parce que les saisons d'hiver vont être de plus en plus courtes. Samuel Morin, directeur du centre national de recherche météorologiques estime qu'"en terme de durée d'enneigement, on a perdu un mois d'enneigement, depuis 1960, en basse et moyenne altitude: en dessous de 1.500 à 2.000 mètres d'altitude dans les Alpes. On s'attend à perdre un mois d'enneigement supplémentaire par degré de réchauffement planétaire. Si l'augmentation de la température atteint 2°C, nos hivers perdront un mois d'enneigement encore en plus."

Derrière ce constat, c'est tout un bassin d'emploi, 120.000 emplois en France dépendent directement du ski alpin chaque année.

Alfred Aurenche et Maxime Martinez