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Ecologie: "J’ai peur que les actions récentes nous ramènent en arrière", explique François Gemenne

Co-auteur du dernier rapport du Giec, François Gemenne estime ce lundi sur RMC que l’opinion publique doit désormais être mobilisée sur les solutions à apporter contre le changement climatique, plutôt que sur le simple constat.

Les nations vont-elles concrétiser leurs actions contre le changement climatique, avec la Cop 27 qui s’est ouverte en Egypte ? Ou faut-il encore multiplier les initiatives militantes pour alerter ? Pour François Gemenne, co-auteur du dernier rapport du Giec, la Cop ne sera pas décisive. Mais les actions écologistes radicales risquent aussi de gêner la cause, selon lui.

"Le grand problème qu’on a aujourd’hui, c’est que les Etats ne respectent pas leurs engagements, explique François Gemenne à propos de la Cop 27 dans ‘Apolline Matin’ sur RMC et RMC Story. Et du coup, chaque année, ils sont forcés de faire des promesses de plus en plus ambitieuses, qu’ils ont évidemment de plus en plus de mal à tenir. Donc on peut se dire ‘à quoi ça sert ces grands rassemblements pour le climat ?’. Le problème, c’est qu’on n’a pas d’autre solution. Comme on est face à un problème global, comme aucun pays ne peut prétendre seul lutter efficacement contre le changement climatique, on est bien obligé de mettre tous les pays ensemble. Mais il ne faut pas trop attendre de ces Cop. C’est un peu comme une assemblée générale des copropriétaires d’un immeuble. Si personne n’est prêt à financer la rénovation de l’ascenseur, ce n’est pas l’assemblée générale qui va décider de le rénover en un claquement de doigts. C’est pareil pour les Cop. Si les gouvernements arrivent les mains vides, forcément, le résultat sera décevant."

"Maintenant, il ne faut plus crier au feu, il faut chercher à éteindre l’incendie"

Soulignant que les Français ont davantage conscience des dangers du changement climatique, surtout depuis les épisodes estivaux d’incendies, canicules et sécheresses, François Gemenne appelle à transformer la mobilisation pour apporter des solutions.

"J’ai peur que les actions récentes, un peu des actions choc, ne nous ramènent en arrière, confie-t-il . Je comprends bien l’idée des activistes, leur colère et leur frustration, leur sentiment qu’il faut passer à l’étape suivante, à la vitesse supérieure. Mais j’ai peur qu’on rétrograde de vitesse avec ces actions. L’alerte a été largement entendue. Maintenant, il ne faut plus crier au feu, il faut chercher à éteindre l’incendie. Et pour ça, on va avoir besoin de pédagogie et de montrer là où sont les blocages, là où sont ceux qui veulent que rien ne change."

"On présente toujours la lutte contre le changement climatique comme une contrainte, des efforts, des sacrifices à faire, poursuit François Gemenne. A un moment donné, les Français et les Françaises disent qu’il y en a marre, ‘c’est toujours à nous de faire les efforts et on ne peut pas donner plus, ça nous coûte trop cher’. L’enjeu, c’est de transformer ce qu’on voit aujourd’hui comme une contrainte en un projet mobilisateur pour la société. Cela va demander des investissements de la part de l’Etat et des entreprises pour ne pas qu’on demande toujours aux citoyens de faire les efforts."

"Il faut absolument arrêter de porter des jugements moraux sur les comportements des gens, et de les culpabiliser"

Au niveau individuel, il faudra malgré tout accepter de renoncer à certaines choses. "Je pense qu’il faut pouvoir admettre certains restrictions à des libertés individuelles, pas forcément sur le confort, pour préserver des libertés collectives, estime François Gemenne. En voiture, on comprend bien qu’en ville, on doit s’arrêter au feu rouge, et qu’on ne peut passer à toute allure au travers du carrefour. C’est une petite restriction à notre liberté individuelle pour préserver la liberté collective de pouvoir se déplacer en ville sans faire d’accident. On doit définir quels sont les petits bouts de liberté auxquels on est prêt à renoncer pour préserver des libertés collectives. Par exemple, on peut passer de 130 à 110 km/h sur autoroute. A mon avis, on peut renoncer à cette petite liberté. Perdre quelques minutes, mais perdre aussi beaucoup de tonnes de CO2 qui permettront aux générations futures de continuer à se déplacer."

S’adapter, sans juger. "Il faut absolument arrêter de porter des jugements moraux sur les comportements des gens, et de les culpabiliser, souligne François Gemenne. Certains ont des contraintes. Parfois, on a des préférences différentes selon les individus. La question, c’est comment dépasse-t-on tout ça pour avoir un vrai nouveau contrat social ?"

LP