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Caricatures de Charlie Hebdo: l'Iran ferme l’institut français de recherche en Iran

L'Iran a annoncé jeudi la fermeture d’un institut français à Téhéran. C’est la première mesure de rétorsion contre la France après la publication par Charlie Hebdo de caricatures du guide suprême de la révolution, Ali Khamenei.

L’Iran avait averti que la publication par le journal satirique Charlie Hebdo de caricatures, jugées “insultantes” et “indécentes”, du guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, ne resterait pas impunie. Dès mercredi soir, l’ambassadeur de France à Téhéran a été convoqué au ministère des Affaires étrangères iranien. Il lui a été signifié que l’Iran ne permettra pas au gouvernement français de “dépasser les bornes”. Comme si le gouvernement français était responsable de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo.

L'ambassadeur français a bien dû tenter d’expliquer aux Iraniens la notion d'indépendance de la presse, mais visiblement le message n’est pas passé puisqu'une première sanction est tombée jeudi: la fermeture de l’institut français de recherche en Iran, un centre culturel qui existait depuis 1897. Une première étape dans les sanctions, selon le communiqué officiel iranien.

Dessins contre dessins

Le numéro de Charlie Hebdo qui a rendu les Iraniens furieux est celui qui est actuellement en kiosque, le n°1589 daté du 4 janvier 2023 titré "Mollahs, retournez d'où vous venez !". C'est un numéro anniversaire du journal puisque samedi sera commémoré les huit ans de l'attentat au sein même de la rédaction de Charlie Hebdo. Pour l'occasion, le journal satirique a lancé le mois dernier un concours international de caricature du guide suprême de la révolution iranienne Ali Khamenei. 300 dessins ont été envoyés du monde entier et les meilleurs sont publiés dans ce numéro spécial. C’est évidemment une manière de montrer "le soutien du journal aux Iraniennes et aux Iraniens qui mettent leur vie en jeu pour défendre leur liberté face à la théocratie qui les opprime", selon Charlie Hebdo.

Entre les Ayatollahs et Charlie Hebdo, le différend n’est pas nouveau. Dès la révolution de 1979, l'hebdomadaire satirique avait été parmi les premiers à réaliser l’obscurantisme des religieux qui venaient de renverser le Chah d’Iran. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’en matière de caricature, ce n’est pas Charlie Hebdo qui a commencé, mais bien les Mollahs.

Dans son édito, le patron du journal Riss raconte qu'en 1993, après la Fatwa contre l'auteur des "Versets sataniques", Salman Rushdie, Téhéran avait lancé un concours de caricatures contre l’écrivain britannique. Il s’agissait d’humilier par le dessin cet auteur et le lauréat de ce concours de caricature devait recevoir 160 pièces d’or en récompense. L’ironie de tout cela, c’est que Riss explique que sans ce concours de caricatures, Charlie Hebdo n’aurait sans doute jamais eu l'idée de publier des années plus tard les fameuses caricatures de Mahomet. L’histoire aurait peut-être été changée.

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Khamenei cible des manifestants et de Charlie

Si Charlie Hebdo s’en prend exclusivement à Ali Khamenei, c'est parce qu’il est la cible première des manifestantes et des manifestants qui défient le régime depuis septembre, quand plusieurs centaines de femmes sont descendues dans la rue sans voile et en criant "à bas le dictateur".

En Iran, le dictateur, c’est lui. Cet homme de 83 ans est le guide suprême de la Révolution islamique, poste le plus élevé de la république islamique d'Iran, depuis plus de 33 ans, après avoir été président de la République pendant huit ans. Il est bien le responsable des arrestations, de la répression, des condamnations à mort et de tout ce qui se passe dans ce pays depuis 40 ans.

Ali Khamenei est l'homme de la fatwa contre Salman Rushdi, première condamnation à mort de portée mondiale pour blasphème. Si elle a été édicté en 1989 par son prédécesseur l'ayatollah Rouhollah Khomeini, c'est bien lui qui l’a renouvelé en 2005, en 2015 et en 2020. À ce jour, 38 personnes sont mortes dans des attentats contre les éditeurs ou les traducteurs de Salman Rushdie, sans parler de l’attentat contre l’écrivain lui-même qui l’a laissé gravement blessé l’été dernier. Cette affaire reste comme le symbole de la plus grave atteinte contre la liberté d’écrire et de penser. Charlie Hebdo explique qu'Ali Khamenei en est le responsable et c'est pour cela que le journal a décidé "de lui flanquer une raclée", selon les propos de ses dirigeants.

Nicolas Poincaré