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"Champagne" ou "vin pétillant": pourquoi la France ne peut plus exporter son champagne vers la Russie

Les Russes ont décidé de renommer le champagne français en "vin pétillant". Le champagne russe lui garde le nom de champagne qui est pourtant une appellation protégée.

Après la guerre du vin et du fromage entre la France et les Etats-Unis, on assiste désormais à la guerre du champagne entre la France et la Russie. C'est une affaire très sérieuse qui pourrait avoir de lourdes conséquences économiques, et même diplomatiques. En effet, les Russes ont décidé de renommer le champagne français en vin blanc pétillant.

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Sur les bouteilles et les magnums de champagne des magasins russes, il y a deux étiquettes. La première à l'avant, en lettres latines, ressemble à celles de nos rayons et indique bien le terme vendeur "champagne".

À l'arrière, l'étiquette est en cyrillique et ne pourra plus mentionner que l'appellation "vin pétillant" contrairement aux producteurs russes qui pourront eux utiliser la traduction russe du mot champagne.

Une appellation protégée

Une humiliation pour les producteurs français qui craignent des conséquences économiques. Charles Goemaere est directeur du Comité interprofessionnel du vin en Champagne.

“De manière temporaire en tout cas, les vins de Champagne ne pourront plus être exportés vers la Russie puisqu’ils ne sont plus conformes à la réglementation imposée par la Russie. Aujourd’hui nous en sommes à prendre connaissance du contenu précis de cette loi et d’en mesurer toutes les conséquences. Mais on s’attend déjà à ce que les conséquences soient sérieuses”, appuie-t-il.

L'appellation champagne est protégée dans 120 pays, mais la Russie, 15ème importateur mondial, n'en fait pas partie. 

Une décision qui a "scandalisé" les producteurs de champagne, lesquels ont interpellé lundi les diplomaties française et européenne pour intervenir dans ce dossier.

"La position de la France, elle est très claire : le mot champagne, ça vient de ces belles régions de France où on produit le champagne, mais qui aujourd'hui est une dénomination utilisée par d'autres pays", a déclaré mardi sur Sud Radio le ministre français de l'Agriculture Julien Denormandie, selon qui la France va "continuer à oeuvrer en ce sens".

"Priver les Champenois du droit d'utiliser le nom "champagne" (en cyrillique) est scandaleux; c'est notre patrimoine commun et la prunelle de nos yeux", ont dénoncé dans une déclaration commune Maxime Toubart et Jean-Marie Barillère, coprésidents du Comité champagne.

Déplorant n'avoir pas été informé de la mise en place de cette nouvelle législation, le comité se dit "déterminé à poursuivre les discussions avec les autorités russes pour obtenir le droit exclusif à l'usage du nom champagne.

"Sovetskoïe champanskoïe"

Lancée en 1937, sous Staline, la marque "Sovetskoïe champanskoïe" devait désacraliser une boisson bourgeoise en la rendant accessible à tous les prolétaires de l'Union soviétique. Parallèlement, plusieurs républiques avaient aussi lancé leur cognac, ou "koniak". Ces boissons furent produites massivement et vendues à un prix accessible. Mais elles sont devenues par la même occasion synonymes de pâles copies de leurs versions françaises.

Après la dislocation de l'URSS, l'appellation "champanskoïe" a perduré, ce qui a commencé à poser problème, en particulier après l'adhésion de Moscou à l'Organisation mondiale du commerce en 2012. Elle reste aujourd'hui associée à une boisson festive et bon marché. Selon l'association russe des producteurs de vin pétillants, les usines du pays peuvent produire jusqu'à 220 millions de bouteilles par an, la grande majorité (216 millions) sur la base d'une méthode de production très différente de celle utilisée en France.

Appellation d'origine contrôlée, le terme "champagne" est jalousement défendu par la France, qui rappelle que le vin doit provenir d'un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir droit de s'en prévaloir. La défense de l'appellation Champagne est un combat ancestral des producteurs, qui se sont associés dès 1843 "contre les utilisations trompeuses de producteurs de vins mousseux", rappelle le Comité Champagne sur son site internet.

Depuis le milieu des années 80, il a cherché à étendre le champ de protection de l'appellation champagne contre les utilisations parasitaires qui en détournent et affaiblissent la notoriété. Un combat qui a débuté contre une cigarette et qui a notamment mis aux prises les viticulteurs de ce vignoble prestigieux avec un parfum de la maison de couture Yves-Saint-Laurent.

Garance Munoz avec Guillaume Descours