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Migrants dans la Manche: Londres veut refouler les embarcations pour de les raccompagner vers la France

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Londres accuse Paris de ne pas assez lutter contre l’immigration clandestine, et menace de refouler les bateaux clandestins.

Le ton monte entre la France et le Royaume-Uni. L’objet du différend, ce sont les traversées des migrants en bateau à travers la manche pour gagner l’Angleterre en venant des côtes du pas de Calais.

Longtemps, les migrants traversaient en se cachant dans les camions qui prenaient ensuite le ferry. Désormais, c’est devenu presque impossible et depuis quatre ans des réseaux de passeurs organisent la traversée sur des embarcations.

On a compté 12 tentatives en 2017. C’était tout nouveau. Puis 71 en 2018, plusieurs centaines en 2019, plusieurs milliers l’an dernier. Et le rythme s'accélère encore. Lundi dernier, en une journée les Anglais ont compté 785 migrants qui sont arrivés sur leur plage, et c’est comme ça tous les jours quand la météo est clémente comme en ce moment. Les Anglais sont déterminés à endiguer cet afflux.

La Grande-Bretagne accuse la France de manquer d’efficacité

Les Anglais voudraient que la France parvienne à bloquer au moins 75% des bateaux qui prennent la mer. Côté français, on estime que l’on intercepte environ la moitié des tentatives de traversée, soit tout de même environ 10.000 migrants par an.

Alors les Anglais brandissent maintenant une menace surprenante: Londres envisage sérieusement de refouler les embarcations et de les raccompagner vers les côtes françaises. Cela ne concernerait pas les petits zodiaques surchargés qui risquent de couler à chaque instant, mais les bateaux qui sont de plus en plus gros et qui seraient donc interceptés par la marine britannique et empêchés d'accoster. D'après la presse anglaise, le Premier ministre Boris Johnson a validé cette nouvelle stratégie et la marine à commencé ou va commencer à s'entraîner à ces manœuvres dangereuses.

La question a été évoquée mercredi à Londres par les ministres français et anglais de l'Intérieur.

Une réunion très tendue entre le Français Gérald Darmanin et l'Anglaise Priti Patel. Gérald Darmanin a fait savoir que ces interceptions et ce renvoi à l'expéditeur étaient contraires au droit de la mer. La ministre anglaise a répondu qu’elle souhaitait réécrire l'interprétation britannique du droit maritime international.

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Gérald Darmanin s’est offert le luxe de faire une leçon de morale aux Anglais en disant qu’en mer la vie humaine prime sur toute autre considération. Son homologue lui a répondu qu'arrêter ces traversées illégales était une priorité absolue pour le peuple anglais.

Cette ministre de l’Intérieur Priti Patel se situe à l'aile droite du parti conservateur. Elle est d’origine indienne. Ses parents avaient fui la pauvreté en Inde et tenté leur chance en s’installant en Afrique. Puis ils ont fui des persécutions en Ouganda et sont arrivés en Angleterre. C’est donc une fille de réfugiés qui défend aujourd’hui cette politique anglaise très hostile à l'arrivée de réfugiés.

Ce conflit entre la France et la Grande-Bretagne ne date pas d’hier

C’est une vieille histoire. En 2003, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, avait signé avec son homologue anglais les accords du Touquet. Très mauvais accord qui fait que la frontière entre les deux pays se situe en France. C’est sur notre territoire, au départ des trains ou des bateaux que les contrôles sont fait par les douaniers des deux pays. Et donc de fait, la police française empêche les migrants clandestins de gagner l'Angleterre.

Et les Anglais nous payent depuis près de 20 ans pour garder leur frontière et garder les migrants. En juillet dernier, ils ont débloqué une enveloppe de 60 millions pour que la France renforce encore ses moyens de contrôle, le long des plages. Mais ils estiment qu’ils n’en ont pas pour leur argent et menacent aujourd’hui de ne pas verser cet argent. Le bras de fer n’est pas terminé.

Nicolas Poincaré