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Pourquoi la crise entre les militaires brésiliens et Jair Bolsonaro pourrait provoquer sa chute?

EXPLIQUEZ-NOUS - Le président brésilien vient de limoger son ministre de la Défense entraînant le départ des trois principaux chefs de l'armée. Une crise entre le pouvoir et les militaires qui intervient en pleine explosion de l'épidémie de coronavirus.

Plus le Brésil s’enfonce, plus Bolsonaro fait le ménage. Il y a 15 jours, il a encore renvoyé son ministre de la Santé. Le quatrième en un an. Un cardiologue a remplacé, un militaire qui n’y connaissait rien à la médecine. Et lundi dernier, nouveau coup de balai. Le président vire six ministres, dont ceux des affaires étrangères, de la justice mais surtout de la défense. Un général très respecté. Conséquence, dans la foulé les trois chefs d’état-major des armées de terre, de l’air et de la marine, ont été remplacés. On n’avait jamais vu ça, ni au Brésil ni ailleurs.

Que reproche Bolsonaro aux militaires?

Le président brésilien reproche aux trois chefs d'avoir soutenu le ministre de la Défense à qui il reproche de ne pas l'avoir assez soutenu lui. Car Bolsonaro est soupçonné d'être tenté par une aventure politique. Un coup de force, avant les présidentielles de l’année prochaine si les choses devaient mal tourner pour lui, si par exemple l’ancien président de gauche Lula devait revenir… 

Bolsonaro aurait voulu que les dirigeants de l’armée l'assurent par avance de leur soutien. Ils ne l'ont pas fait, il a donc viré leur chef avant de les voir partir.

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C’est aussi sur la question de l'épidémie que Jair Bolsonaro avait besoin du soutien de l’armée

Oui parce que l'épidémie est hors de contrôle. On recense actuellement, 320.000 morts, le pire bilan du monde derrière les Etats-Unis. 3.800 morts au cours des dernières 24 heures. Le directeur-général de l’OMS vient de déclarer que le Brésil, en ne faisant rien contre le coronavirus, est un danger pour ses voisins et pour le monde entier. 

Et de fait, le Brésil ne fait rien ou presque parce que le président s’oppose à toutes les mesures de confinement ou de couvre-feu. Il est prêt à déclencher un état de siège pour empêcher les maires et les présidents de région de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Et pour ce bras de fer contre les élus locaux, Bolsonaro avait besoin du soutien de l'armée. 

Ce président qui depuis le début ne croit pas à l'épidémie 

Le président brésilien ne croit pas à l'épidémie, il est corona-septique. Même quand il a été malade, il n’a pas porté le masque. Il y a encore quelques jours, il demandait aux Brésiliens de cesser de “geindre” et de "pleurnicher." Il estime que la vie doit continuer. Qu’il ne faut pas se coucher sous les lits, sinon, dit-il, "on va mourir de faim". 

Le 11 novembre dernier il avait aussi dit que pour affronter le coronavirus, il fallait "cesser d'être un pays de pédés”. Il a aussi freiné les approvisionnements de vaccins, parce qu’il n’y croyait pas. Il ne croyait qu’au “jeun”. Au fait de moins manger. Il a longtemps cru aussi que l'hydroxy-chloroquine allait tout régler…

Son divorce avec les militaires, une très mauvaise nouvelle pour lui…

Oui, parce qu’ils pèsent d’un poids très lourd dans la vie politique brésilienne. Le pays a été une dictature militaire pendant 20 ans, de 1964 à 1985. Depuis, l’armée a rendu le pouvoir aux civils mais reste très active. Presque la moitié des ministres actuels sont des généraux. Le vice-président aussi. Les officiers occupent 6000 postes dans la haute fonction publique. Bolsonaro lui-même est un ancien militaire de carrière. Mais une carrière ratée. Il n’a jamais dépassé le grade de capitaine, ce qui n’est pas terrible. 

Quand il parle de l'armée, Bolsonaro dit "mon armée". Mais "son" armée vient de lui faire savoir qu’elle ne le suivrait pas dans n’importe quelle aventure… 

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Nicolas Poincaré