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Pourquoi le discours de Poutine est toujours plus menaçant

Lors d'un discours face à la Douma, le Parlement russe, Vladimir Poutine a affirmé que les "choses sérieuses n'ont pas commencé" en Ukraine. Une prise de parole "va-t'en guerre" qui tend à prouver que les troupes russes ne vont pas s'arrêter au Donbass. Les explications de Nicolas Poincaré.

C'est un Poutine "va-t'en guerre" qui a pris la parole au Parlement, ce jeudi soir, dans un discours retransmis à la télévision. Il a affirmé ce jeudi que la guerre en Ukraine ne fait que commencer. Le président russe s’est montré très menaçant.

"Chacun doit savoir que nous n'avons pas encore commencé les choses sérieuses", a déclaré le chef du Kremlin.

Autrement dit, après quatre mois et demi de guerre, le pire est peut-être encore à venir. Vladimir Poutine a joué les gros bras. Il a mis au défi les Occidentaux qui veulent défaire la Russie de le faire sur le champ de bataille. “Qu’ils essaient" a-t-il lancé.

La transition vers un monde "vraiment multipolaire"

Dans le registre anti-occidental et anti-américain qu’il affectionne, il a parlé du "libéralisme totalitaire" occidental et estimé que l'offensive en Ukraine marquait le début d'une transition d'un monde marqué par l'"égocentrisme mondialisé américain vers un monde vraiment multipolaire".

"Dans la plupart des pays, les gens ne veulent pas d'une telle vie ou d'un tel avenir. Ils sont fatigués de se mettre à genoux et de s'humilier devant ceux qui se croient exceptionnels", a-t-il dit.

Enfin le président russe a semblé être ouvert à des pourparlers avec Kiev.

"En même temps, nous ne refusons pas les négociations de paix. Mais ceux qui les refusent doivent savoir que plus longtemps (ils refuseront), plus il leur sera difficile de négocier avec nous", a-t-il ajouté.

Mais il y a quelques jours encore, il disait que seule une capitulation totale des Ukrainiens pouvait mettre un terme à la guerre.

Une conquête au-delà du Donbass

Le message qu'il faut-il comprendre est que Vladimir Poutine veut poursuivre sa conquête au-delà du Donbass. Il y a quelques jours, il donnait l’ordre à ses généraux de poursuivre le combat, selon les plans établis. Aujourd’hui, il dit "les choses sérieuses n’ont pas commencé" au moment où ses troupes ne sont plus très loin de contrôler le Donbass, ces régions séparatistes de l’est du pays.

Les Russes ont presque entièrement le contrôle d’une des deux provinces, celle de Lougansk, et dans l’autre, le Donetsk, ils avancent vers la ville de Sloviansk que les Ukrainiens ont commencé à évacuer. Les propos belliqueux de Vladimir Poutine ont pour but de faire comprendre que le Donbass ne lui suffira pas, qu’il veut aller plus loin.

De fait, les troupes russes se battent au sud bien au-delà du Donbass. Les Américains pensent que Poutine continue d’espérer contrôler un jour toute la côte de la mer Noire, jusqu’aux frontières de la Moldavie.

Entre menace nucléaire et risque sur le territoire estonien

Ce discours intervient après d’autres déclarations très inquiétantes, celles de l’ancien président et Premier ministre de Poutine, Dmitri Medvedev, qui, mercredi, a brandi la menace nucléaire. Il a rappelé que la Russie est une puissance nucléaire.

"Nous avons un arsenal nucléaire qui pourrait potentiellement être une menace pour l’existence de l’Humanité", a-t-il déclaré.

C’est difficile d'être plus terrifiant. Vladimir Poutine a aussi tenu dernièrement d’autres propos qui sont passés inaperçus mais qui étaient très menaçants. Il a parlé de la région de Narva, en Estonie, comme étant une terre russe. Narva est une ville à la frontière russe, près de Saint-Pétersbourg. La population y est majoritairement russophone. Sauf que la ville est en Estonie, c'est-à-dire dans l'Union européenne et dans l’OTAN. Si les Russes mettent ne serait-ce qu'un pied dans cette région, ce serait l'escalade et la catastrophe.

La paranoïa de Poutine

Plus la guerre dure, plus Poutine se radicalise, plus il s’enfonce dans une sorte de paranoïa. Il semble vraiment convaincu que la Russie est encerclée et menacée par l’OTAN et que l’Ukraine est dirigée par une bande de Nazis aux ordres des Américains.  Il semble réélement convaincu que son destin est de mettre un terme aux trente ans d’humiliation que le pays a vécu depuis la chute de l’URSS.

Illustration de cette paranoïa avec l’incroyable enquête de la BBC Russia. L’antenne en russe de la télévision britannique décrit comment le président russe s’est isolé pour des raisons sanitaires. Tous les fonctionnaires, les militaires et les médecins qui entourent Poutine sont obligés de respecter de très strictes quarantaines. Pour approcher le président, ils doivent se soumettre à quatre tests PCR, deux tests de détection des anticorps du Covid-19, à des tests de dépistage du SRAS, de la grippe et du staphylocoque doré. Sans parler des prélèvements de sang et de selles.

Certains employés du Kremlin viennent de passer un an en quarantaine. A en croire cette enquête, les 400 personnes qui étaient présentes sur la tribune présidentielle pour le fameux défilé militaire du 9 mai avaient toutes dû passer auparavant deux semaines enfermées dans un hôtel près de la Place rouge. La conclusion de l'enquête, c’est que soit Poutine est totalement parano, soit il a des raisons d’avoir peur, c’est-à-dire qu’il est effectivement malade.

Nicolas Poincaré