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Pourquoi malgré les réformes, l'Arabie Saoudite reste l'un des pires pays en matière de droits des femmes

"Expliquez-nous" - L'Arabie saoudite a libéré mercredi une militante féministe emprisonnée depuis trois ans. C’est une bonne nouvelle qui ne doit pas faire oublier que le royaume saoudien reste un des pires pays du monde pour la question du droit des femmes.

L'Arabie Saoudite a libéré mercredi une militante féministe emprisonnée depuis près de trois ans. Elle a 31 ans, elle s’appelle Loujian Al Hathloul, elle a la particularité d’avoir grandi en France, à Toulon parce que son père militaire y était en poste.

Elle a donc connu la liberté d’une petite française, avant de repartir dans son pays, d’y découvrir le statut des femmes, puis de repartir faire des études de littérature française au Canada, puis enfin de revenir au royaume saoudien où elle a commencé à se battre pour le droit des femmes. Et notamment pour le droit, très symbolique, de conduire des voitures.

En mai 2018, elle est arrêtée. Elle est emprisonnée sans procès pendant deux ans et demi. Selon ses proches, elle est torturée, subit des chocs électriques et des humiliations sexuelles. Elle est menacée de viol par un conseiller du prince venu jusqu’à dans sa cellule.

En 2019, on lui propose d'être libérée si elle tourne une vidéo pour dire qu’elle n’a pas été torturée. Elle refuse et reste en prison. En décembre dernier, elle est finalement jugée et condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis. Elle était donc libérable à la fin du mois. Elle est sortie de prison mercredi. Il faut voir les photos qu’elle a aussitôt publiées sur les réseaux sociaux. Elle pose sans voile, avec un grand sourire, rayonnante de bonheur.

Son arrestation et sa détention étaient très symptomatiques de ce qui se passe en Arabie Saoudite. Le pays est dirigé par un jeune prince héritier ultra autoritaire, mais qui cherche à changer l’image de son royaume. En mai 2018 à seulement un mois d'intervalle, il a fait deux choses. Il a autorisé les femmes à passer le permis de conduire et il a arrêté une dizaine de femmes qui se battaient pour obtenir ce droit.

Le message était le suivant: “Je suis moderne, je décide que les femmes peuvent conduire, mais je rappelle qu’elles ne peuvent pas militer, et surtout ne pas s’opposer à moi. Autrement dit: “conduit, mais tait toi”.

Un pays rétrograde

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite reste pour les femmes, un des pays les plus rétrogrades de la planète. Classé au tout dernier rang avec le Yémen et le Pakistan pour les inégalités homme-femme. C’est le dernier pays du monde qui a autorisé les femmes à conduire. En 2018. Le dernier au monde qui les a autorisés à voter en 2015. Mais seulement aux municipales et les femmes élues ne peuvent pas siéger avec les hommes. Les femmes ont le droit depuis peu de se rendre dans un stade. Mais dans des tribunes à part. Elles viennent seulement d’obtenir sur le papier le droit de voyager sans autorisation.

Mais globalement elles vivent toujours sous le régime du tutorat. Chaque femme à un gardien, un mahram, qui est généralement son père puis son mari. Les femmes peuvent travailler si le tuteur l'autorise. Elles peuvent ouvrir un compte en banque avec l'autorisation du tuteur. Les règles ont été assouplies récemment, mais dans la pratique un homme peut interdire à sa femme de sortir. Il peut porter plainte pour “désobéissance” et demander à la police de la ramener à la maison. Signe de modernité, il existe des applications pour smartphone qui permette de suivre sa femme et par exemple de la bloquer à la frontière. Un homme peut aussi divorcer sans le consentement de son épouse. Il se rend simplement au tribunal demande et obtient immédiatement le divorce et sa femme est ensuite avertie par SMS.

Le prince héritier vient de promettre des réformes. Dans une interview mardi, il a annoncé des réformes judiciaires radicales, il promet un cadre légal, la rédaction d’un code civil alors que jusqu'à présent les juges interprètent très librement la Charia. Ils peuvent par exemple prononcer la peine de mort pour “homosexualité” ou pour “athéisme”. Le prince n’a pas dit si cela allait changer.

En revanche, il a évoqué la fin de la loi sur les témoignages. Loi qui prévoit que devant un tribunal, la parole d’un homme vaut la parole de deux femmes. Aujourd’hui en tout cas, il y a une parole qui pèse sur les réseaux sociaux, c’est celle de Loujian Al Hathloul, la résistante francophone qui vient de sortir de son cachot.

Nicolas Poincaré