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Climat: les actions des militants sur les œuvres d'art ont-elles un impact?

Purée, soupe à la tomate, tarte à la crème... Ces dernières semaines, plusieurs œuvres d'art ont été aspergées de nourriture dans plusieurs centres d'exposition européens par des militants écologistes. Ces gestes ont eu peu de conséquences pour les œuvres car elles sont protégées, mais ont-ils un impact? Ou sont-ils contre-productifs?

Il y a eu "la Joconde" à Paris, "les Meules" à Potsdam (Allemagne), "les Tournesols" à Londres et jeudi "la Jeune fille à la perle" à La Haye (Pays-Bas)... Depuis plusieurs semaines, des militants écologistes s'attaquent à des œuvres d'art en Europe pour alerter sur l'inaction climatique.

De la purée, de la soupe à la tomate ou encore de la tarte à la crème ont été jetés sur ces œuvres. Des gestes sans conséquences pour les tableaux, protégés par des vitres. À travers ces attaques, les militants souhaitent choquer et faire parler avec l'objectif de transmettre un message.

"Je ne pense pas que ce qu'ils fassent soient constructifs pour exercer une pédagogie sur tous les êtres humains que nous sommes, ça n'est pas la bonne manière", affirme Jocelyne, auditrice, sur RMC, ce vendredi.

Faut-il choquer pour faire avancer le sujet?

Point de vue partagé par d'autres, pour qui ces actions n'ont aucun sens. "Moi je trouve ça débile, ça n'apporte pas une bonne image de ceux qui défendent ces causes-là, au contraire. L'art c'est quand même important dans notre société aujourd'hui donc pour moi le message ne passe pas de cette façon", note, de son côté, Yan.

En même temps, certains se demandent comment faire pour alerter: ils ont le sentiment de ne pas être entendus. "En fait j'ai l'impression que quand ça ne choque pas, les gens ne vont pas s'y intéresser. Ça fait un moment qu'on essaye de dire aux gens qu'il faut se bouger", souligne Diwen, étudiante.

Pour autant, choquer pour rallier à sa cause serait assez contre-productif.

"Là la cible est mal choisie. C'est plus facile de perturber une étape du tour de France que de s'attaquer aux œuvres d'art. L'objectif premier c'était de faire parler, c'est réussi, maintenant, s'attaquer aux oeuvres d'art, ça peut déplaire", explique Jean-Francois Amadieu, sociologue.

"Ça fait 50 ans que des scientifiques alertent"

D'après Élodie Nace, porte-parole d'Alternatiba, invitée sur RMC et RMC Story ce vendredi, "ils ne prennent pas pour cible ces œuvres, ils les utilisent pour faire passer un message".

Selon cette activiste, il y a toujours besoin d'alerter malgré les actions menées depuis des années. "Ça fait 50 ans qu'on a des scientifiques qui alertent sur le changement climatique et ça fait des années que nous, en tant qu'activistes climat, on mène ce type d'actions qui visent à dénoncer les responsables."

Quid de l'avis général? "Je comprends qu'il y ait certaines personnes qui pensent que ça va trop loin, mais je peux vous garantir que tout le monde pense que ça va trop loin quand aujourd'hui il fait 25 degrés alors qu'on est fin octobre", ajoute-t-elle.

Au musée Grévin, avec ces différents actes, quelques mesures ont été prises. Yves Delhommeau, directeur général du musée Grévin.

Une statue de cire coûte 60.000 euros

"On a renforcé notre surveillance sur le parcours et la fouille des sacs pour éviter une action qui serait préjudiciable. On en a déjà vécu une en 2015 quand les Femen étaient venues poignarder Poutine, les seins nus, à l'intérieur du musée, souligne Yves Delhommeau, directeur général du musée.

Il ajoute: "On n'est pas trop inquiets, nous on se protège devant des choses plus graves, mais ça pourrait détériorer des œuvres. Une statue de cire demande six mois de travail et un coût de plus de 60.000 euros."

La classe politique n'a pas réagi sur ces actions, en revanche, la ministre de la Culture Rima Abdul Malak a appelé les musées français à "redoubler de vigilance".

AB avec Romain Poisot