RMC

Les policiers bientôt filmés en intervention? "Filmés, ils n’ont pas le même comportement"

-

- - AFP

Jeudi, un Aulnaysien de 22 ans a été blessé au niveau de la zone rectale lors d’une interpellation. Quatre fonctionnaires ont depuis été suspendus: l’un d’eux mis en examen pour viol, les trois autres pour violence volontaire en réunion. Filmer les interventions peut-il être la solution? Pas forcément, selon Amal Bentounsi, fondatrice du collectif Urgence notre police assassine, interrogé par RMC.fr.

Amal Bentounsi est fondatrice du collectif Urgence notre police assassine.

"Que les policiers soient équipés de caméras, c’est une très bonne initiative. Mais que la caméra soit actionnée à leur bon vouloir, là ça pose problème. L’enregistrement doit être continu, du début à la fin, sans aucun arrêt. En tant que famille de victimes, on essaie de rechercher la vérité, pour pouvoir obtenir la justice. Et c’est très difficile.

"On incite les jeunes à mettre en place des techniques de cop watching"

Filmer les intervention de la police, cela doit expérimenté. Si tout le monde est d’accord, pourquoi on ne met pas ça en place? Quand on rencontre des jeunes dans les quartiers, on les incite à mettre en place des techniques de 'cop watching'. Il y en a un qui filme, et un autre qui filme celui qui filme. Bien souvent, lorsqu’une intervention policière est filmée, les policiers disent très clairement ‘vous n’avez pas le droit de filmer’. C’est totalement faux, on a le droit de filmer un policier dans l’exercice de ses fonctions. La preuve: ces vidéos peuvent être utilisées à des fins juridiques, comme dans l’affaire de Théo à Aulnay.

Le comportement des policiers, quand ils savent qu’ils sont filmés, est tout autre. C’est le retour qu’on a de beaucoup de jeunes. Ce qui est difficile pour ces jeunes, c’est que leur parole soit entendue. Ce qu’ils disent à Aulnay, c’est que ça fait des années qu’ils se prennent des baffes, mais que pour eux, c’est devenu normal. Ils ont banalisé cette violence qu’ils vivent au quotidien.

C’est pour cela que nous n'avons pas les chiffres exacts des violences policières: les gens laissent tomber dès le départ. C’est pour cela aussi qu’on essaie de mettre en place un observatoire des violences policières. On veut pouvoir guider ces jeunes, de façon à sensibiliser l’opinion publique, mais aussi donner du crédit à la parole de ces jeunes, qui ne sont pas entendus.

"L’institution policière a du mal à se remettre en question"

Dans l’affaire de Théo, on a des images. On a même un certificat médical qui prouve qu’il y a bien eu l’introduction d’un objet. Mais ce que ne comprennent pas les citoyens qui sont outrés par cette affaire, c’est pourquoi ces policiers sont libérés. On est dans une espèce de justice à deux vitesses.

Aujourd’hui, même face à des faits accablants, on a des syndicats qui disent ‘il faut protéger les policiers’. Ce n’est pas normal. L’institution policière a du mal à se remettre en question. C’est à l’intérieur même de la police qu’il doit y avoir une réforme. En attendant, forcément que les citoyens mettent les policiers dans le même sac, puisqu’il n’y a aucune remise en question."

Propos recueillis par Antoine Maes