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Au-delà de l'affaire Quatennens, ça chauffe chez les Insoumis après la nomination de Manuel Bompard

La France insoumise est en train de vivre une grave crise en interne. En cause : la composition de la nouvelle direction. Les députés les plus connus, comme Clémentine Autain et François Ruffin ont été écartés.

Ça tangue à bord du navire de Jean-Luc Mélenchon… Et pour la première fois des voix s'élèvent de l'intérieur pour critiquer le fonctionnement de la France Insoumise. Le week-end dernier, il s’agissait de nommer une nouvelle direction ainsi qu’un nouveau coordinateur pour remplacer Adrien Quatennens, l’ancien fils spirituel de Jean Luc Mélenchon, en retrait depuis sa condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violence envers sa conjointe.

Sans surprise, c’est Manuel Bompard qui a été désigné au poste de coordinateur de la France Insoumise. Il a pris la tête d’un groupe de 21 membres que l’on appelle la “Coordinations des espaces” et qui est en fait la direction effective du mouvement.

La surprise, elle, est venue lors de la révélation de la liste des membres de cette équipe. On y trouve les plus fidèles de Jean-Luc Mélenchon, comme Mathilde Panot, Manon Aubry ou encore Sophia Chikirou. Mais les élus insoumis les plus connus, eux, n’y figurent pas.

Ni Clémentine Autain, ni François Ruffin, ni Alexis Corbière, ni Raquel Garrido, ni Eric Coquerel n’ont été nommés. Et à part François Ruffin qui avait été prévenu, tous les autres ont appris leur disgrâce par la presse.

Une mise à l’écart qui ne passe pas

Inévitablement, la pilule est difficile à avaler pour ces ténors de LFI.

“On ne va pas se laisser faire” a par exemple fait savoir Raquel Garrido.

De son côté, François Ruffin parle d’un rétrécissement et d’un petit groupe qui s’est mis d’accord avec lui-même.

Mais c’est surtout Clémentine Autain qui a pris la tête de la révolte en donnant une interview à Libération lundi. Elle y dénonce notamment un “repli et le verrouillage brutal” d’une direction choisie par cooptation, ce qui favorise les courtisans.

Cette dénomination, “les courtisans”, c’est le mot qui fait mal en interne, tout simplement car il dénonce la cour qui entoure le chef.

LFI, un fonctionnement plus qu’étrange?

Il reste relativement compliqué de comprendre et d’expliquer comment la formation politique menée par Jean-Luc Mélenchon fonctionne. Il y a des comités, une assemblée des groupes d’actions, une agora politique et des “espaces”, ces derniers se décomposant en “espace politique, espace des luttes, espace de la désobéissance populaire” notamment, et bien d’autres encore.

Sur son site, la France insoumise explique que cette organisation est “évolutive” et qu’elle a été proposée par une assemblée représentative. Mais de quelle assemblée parle-t-on? Représentative de qui? Allez savoir! La réalité, c’est qu’il n’y a jamais de vote à la France insoumise, jamais d'élections internes.

Par exemple, lorsqu'Adrien Quatennens avait été désigné comme numéro deux du parti, Clémentine Autain avait pris acte de cette décision, mais elle avait aussi avoué ne pas savoir par qui il avait été nommé.

L’autoritarisme comme méthode?

Mais alors, le parti fonctionnerait-il avec un soupçon d’autoritarisme en interne? Pire, ce serait même un rouage "dictatorial'', terme employé dans le Figaro par Georges Kuzmanovic, qui a notamment été porte-parole de la France Insoumise avant de quitter le parti.

Georges Kuzmanovic avance que Jean-Luc Mélenchon applique des techniques trotskistes en interne. Selon lui, la moindre incartade doit être suivie d’une sanction immédiate.

Thomas Guenolé, économiste, ex-Grande Gueule de RMC et lui aussi écarté du mouvement parle, lui aussi, d’un fonctionnement dictatorial. Il explique comment sont écartés ceux qui gênent : ils sont généralement accusés d'être des “laquais du système”, ou des “traîtres à la cause populaire”. Il arrive aussi qu’il soit purement et simplement calomnié. Ce qui lui est d’ailleurs arrivé.

Mais en réponse à ces accusations de poids, Manuel Bompard, le nouvel homme fort de la France insoumise, explique que la formation de gauche n’est pas un parti traditionnel, et que, je cite, “le vote n’est pas l’alpha et l’oméga de la démocratie”. Ce qui voudrait donc dire qu’il peut y avoir des démocraties sans élection…

Jean-Luc Mélenchon, lui, explique que le mouvement n’est ni vertical ni horizontal, mais que c‘est un mouvement “gazeux”. En vérité, la France Insoumise est surtout un parti construit par Jean-Luc Mélenchon pour Jean-Luc Mélenchon, où l’on ne conteste pas le chef… En tout cas jusqu’à présent.

Nicolas Poincaré (édité par Alexis Lalemant)