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"Ça m'en touche une...": après les "Uber files", les mots d'Emmanuel Macron font réagir l'opposition

En déplacement en Isère ce mardi, Emmanuel Macron a assumé avoir reçu les dirigeants d'Uber lorsqu'il était ministre de l'Économie. Ses propos font réagir dans l'opposition.

Il persiste et il signe. Alors que l’opposition attendait ses explications depuis deux jours sur les révélations "Uber Files", une enquête qui montre que le président aurait joué les lobbyistes pour aider Uber à s'implanter en France, Emmanuel Macron "assume à fond" selon sa propre expression. En déplacement en Isère, il reconnaît volontiers avoir reçu les dirigeants d'Uber lorsqu'il était ministre de l'Économie. Et il s'estime "hyper fier" d'avoir contribué à la création d'emplois en France. Emmanuel Macron a même emprunté une formule chiraquienne: " Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre".

Une réaction qui a fait, bien sûr, réagir les députés. Sourire en coin chez les uns, rire nerveux chez les autres. La petite phrase du président a presque éclipsé la première séance de questions au gouvernement ce mardi. "C’est une formule chiraquienne, nécessairement à la hauteur d’un président de la République", "Jacques Chirac, à chaque fois qu’il était confronté à une grosse difficulté, nous a inventé un mot", "N’est pas Chirac qui veut", "Je lui laisse son masculinisme"...

Les députés de la Nupes, qui demandent une commission d'enquête sur les révélations “Uber Files” n'apprécient pas vraiment la sortie du président. Ça rappelle même au socialiste Jérôme Guedj une autre affaire.

“Dans l’affaire Benalla, il nous disait, ‘qu’ils viennent me chercher’. Il y a une forme de suffisance. C’est la même formulation, mais même effet? Je ne sais pas. En tout cas, plus le président sort des clous d’un classicisme dans l’expression, plus je me dis qu’il y a une forme de fébrilité”, indique-t-il.

Assumer pour mieux détourner l'attention

Emmanuel Macron fait du Jacques Chirac, sans pour autant parvenir à séduire les Républicains, à l'image du député Julien Dive.

"Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron paraphrase Jacques Chirac, le général de Gaulle ou Nicolas Sarkozy, qu’on sera davantage convaincu. Nous, ce qui nous intéresse, c’est le projet de société, c’est la ligne politique d’Emmanuel Macron, et aujourd'hui elle ne nous convainc pas", appuie-t-il.

Du côté de la majorité, l'ancien LR Eric Woerth ne voit pas où est le problème. "Ça veut dire surtout qu’il assume. Et il a raison d’assumer la rencontre avec des dirigeants d’entreprises de cette nature. Beaucoup d’entreprises ont été reçues par des présidents ou des ministre de l'Économie. C’est même leur métier de le faire”, juge-t-il.

Alors, stratégie de communication ou erreur politique? Le communicant Philippe Moreau-Chevrolet a tranché.

“C’est l’habitude chez lui d’assumer quand il y a une crise comme ça. C’est à ça d’ailleurs qu’on voit qu’il y a une crise grave quand il dit ‘j’assume’. Il était allé un peu plus loin lors de l’affaire Benalla en disant ‘il faudra venir me chercher’ mais l’attitude est toujours la même, on assume et on va même un petit peu au-delà dans la provocation, pour provoquer une polémique, faire parler et justement aider à déminer tout ça. On change de polémique”, décrypte-t-il.

Une stratégie qui n'avait pas suffi, loin de là, à éteindre l'incendie dans le cas de l'affaire Benalla.

Pierrick Bonno avec Guillaume Descours