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Contrôle des dépenses des députés: "Ça ne doit pas conduire à un réflexe poujadiste"

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Moralisation de la vie politique, suite. Fini le temps où les députés utilisaient à leur guise leurs indemnités de frais de mandat (IRFM), de 5.373 euros. De nouvelles règles ont été votées ce 29 novembre. Ils devront émettre des notes de frais et chaque année, les dépenses de 120 d'entre eux seront passées au crible. Sébastien Jumel, néo-député communiste de Seine-Maritime, juge que ce système permettra  d'éviter qu'on se serve des "brebis galeuses" de l'hémicycle pour honnir toute la représentation nationale.

Sébastien Jumel est député PCF de Seine-Maritime.

"Il faut mettre les parlementaires à l'abri des lobbies et de leurs pressions, et c'est pour cela que les députés ont une indemnité qui prend en charge leurs frais de mandat. Parce que la démocratie c'est aussi ça : que les parlementaires aient les moyens de leur fonctionnement.

Je pense que si des députés ont pu s'enrichir personnellement grâce à leur IRFM, c'est choquant. Il me semble que le fait de pouvoir acheter sa permanence parlementaire avec ses indemnités était quelque chose qui était recommandé par les services de l'Assemblée nationale à l'époque. Les temps changent. Le mandat doit faire l'objet d'un accompagnement pour s'exercer librement, mais ne doit pas permettre de s'enrichir.

"Qu'il y ait des contrôles paraît pertinent"

Personnellement, je suis une grille de lecture éthique et morale. Je regarde si mes dépenses avant que je sois élu existent toujours après. Si c'est le cas, elles doivent être prises en charge personnellement. J'allais chez le coiffeur avant, et j'y vais après -donc je me paye le coiffeur. Je repasse mes chemises avant, et je continue à le faire depuis que je suis député. C'est anecdotique, mais je sais que pendant la présidentielle, on a parlé de frais de maquillage…

Qu'il y ait des contrôles et des critères me paraît pertinent. Cela me paraît juste qu'on puisse, sans monter d'usine à gaz, justifier des dépenses qu'on fait pour s'assurer qu'elles sont inhérentes à l'exercice du mandat. On doit pouvoir se déplacer, avoir une permanence pour recevoir nos concitoyens dans de bonnes conditions, assurer une présence dans les différentes manifestations…

"Ne pas avoir de réflexes poujadistes"

Il faut que ça se fasse dans un esprit éthique, moral et qui garantisse la souveraineté des élus dans l'exercice de leur mandat. Je l'avais dit lors de la loi sur la moralisation de la vie politique: quand on appréhende les choses avec sérieux, bon sens et éthique, ces choses paraissent naturelles.

Veillons à ce que le contrôle soit exercé par les services de l'Assemblée eux-mêmes, c'est un gage de l'indépendance du législateur vis-à-vis d'autres pouvoirs. Je crois qu'il est prévu des tirages au sort pour contrôler, et que l'on sorte les factures si on est interrogé.

Je pense que les élus de la République, les maires des petites communes, sont dans leur grande majorité des gens qui ont l'intérêt général en tête. Mais il y a eu quelques brebis galeuses dans l'histoire récente qui justifie qu'on établisse des règles réaffirmées. Je ne tombe pas dans les effets de mode qui pourraient déstabiliser la vie politique en disant qu'ils sont tous malhonnêtes. Ceux qui préconisent ça rêvent de faire de la politique sans les gens. Mais il ne faut pas affaiblir l'Assemblée nationale. Cela ne doit pas conduire à un réflexe poujadiste."

Propos recueillis par Paul Conge