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Incident raciste à l'Assemblée: comment le RN a géré l'affaire en coulisses

Le député RN Grégoire de Fournas a lancé une remarque raciste durant l'intervention du député insoumis Carlos Martens Bilongo. Une affaire qui met le Rassemblement national dans l'embarras.

Tollé à l'Assemblée nationale ce jeudi, avec des propos jugés racistes d'un député RN. Lors d'une question au gouvernement de l'insoumis Carlos Martens Bilongo, qui a la peau de couleur noire, à propos du "drame de l'immigration clandestine", l'élu RN Grégoire de Fournas a lancé: "Qu'il(s) retourne(nt) en Afrique" - "retourne en Afrique", ont entendu certains parlementaires.

La polémique a vite enflé, mais Marine Le Pen, contrairement à son habitude, a choisi de rester en coulisses. Après l'incident, très rapidement, c'est une réunion de crise qui s'improvise autour d'elle. Avec une ligne: non, les propos du député Grégoire de Fournas n'étaient pas racistes, évoquant une "polémique grossière".

Après que Marine Le Pen a échangé avec son camarade, il est décidé que, dans un premier temps, il doit être en première ligne. Pas Marine Le Pen donc. Lui qui n'y va jamais, se dirige alors dans la salle des Quatre colonnes, réservée aux journalistes. Autour de lui, les communicants et les cadres du parti l'encadrent. Il fait ensuite le tour des chaînes infos.

Pendant ce temps-là, au service politique de RMC, on téléphone aux élus RN. Et, une fois n'est pas coutume, ils décrochent tous tout de suite. Consigne leur a été donnée, comme nous l'explique l'un d'eux, "de répondre pour lutter contre la désinformation".

Enfin, dernière étape: l'envoi d'un mail au député LFI Carlos Martens Bilongo, un courrier immédiatement transmis à la presse, et dans lequel Grégoire de Fournas se dit "navré de l'incompréhension qu'ont suscité ses propos". Pendant ce temps-là, Marine Le Pen n'aura pas parlé aux micros et caméras. Juste publié un tweet.

"Il aurait pu tenir sa langue"

Au travers de cet incident, le RN est de nouveau accusé d'être un parti politique raciste. Une image que veulent effacer les nouveaux élus RN avec leurs costumes-cravates, et le calme dans l'Assemblée nationale. En fait, "derrière les costumes chics, il y a toujours les phrases chocs", lance un socialiste.

Une fois la langue de bois oubliée, plusieurs élus frontistes reprochent à leur collègue d'avoir crié pendant la question du député LFI. "Il aurait pu tenir sa langue", lâche l'un d'eux. "On va nous parler que de ça sur les marchés", râle un autre.

Une polémique, alors que le parti doit élire bientôt son futur président, sans doute Jordan Bardella, et qu'il comptait sur l'évènement pour afficher sa normalisation, et écrire un nouveau chapitre en cessant d'être aux mains de la famille Le Pen.

Une réunion des députés RN avant le bureau de l'Assemblée nationale

Quelles sont les prochaines étapes de l'affaire? D'abord, ce vendredi midi, la gauche organise un rassemblement de soutien au député LFI Carlos Martens Bilongo, à côté de l'Assemblée. "Encore un évènement stupide, les insoumis se prennent pour des intermittents du spectacle", lâche avec mépris un élu RN.

Ensuite, en début d'après-midi, deux rendez-vous. Une réunion de l'ensemble des députés RN, puis à 14h30 celle du bureau de l'Assemblée pour décider d'une sanction, aussi appelée "censure" par le règlement. Si une sanction lourde comme l'exclusion temporaire est prise, elle devra être validée en suite par un vote de tous les députés.

Enfin, dernière précision, il ne peut pas être poursuivi devant la justice pour ses propos considérés racistes. Puisque ce qui est dit dans l'hémicycle ne peut pas être condamné en justice.

Cyprien Pézeril et le service politique (édité par J.A.)